15 mai 2009
Ici ou là.
Je suis là. Quelque part, toujours. Et je vais bien. Je crois. Je ne suis pas tout près, là. Enfin, près de quoi? Le bouquet d'herbe est partout, nulle part. Et moi aussi. Partout, nulle part. Je me sens fantôme, souvent. Seule, encore plus souvent. Ou pas assez, parfois. Je découvre la simplicité. J'apprécie le bon, j'oublie le mauvais. Je fais en sorte de ne pas avoir de regrets. Je crois que les choses ont changé, il y a deux ou trois années, lorsque j'ai cru que je partirais. Je me dit, aujourd'hui, que j'ai, peut-être, suffisamment gâché. Que je ne connaitrai, peut-être, pas certains moments clés. Alors je profite de ce qu'il me reste. Ce qui tient debout. Et je crois que je n'en suis pas malheureuse.
22 novembre 2008
Troisième année.
13 octobre 2008
Théâtre.
Dans une demi-heure je monterai sur les planches du théâtre des Amandiers. Impatiente. Je ne me suis jamais sentie aussi proche de Adeline. Proche et très loin à la fois. Proche dans un bonheur commun. Je continue à jouer, chaque jour, la partition écrite pour elle. Après avoir travaillé pour la même entreprise qu'elle, parce que Elle, ce sera le théâtre. Je vis pour deux. Et ne partage que le bon. J'espère qu'elle apprécierait la révérence.
12 octobre 2008
Le dialogue du lourd du jour.
Gare du Nord, Dunkerque,
"Mademoiselle, je peux vous poser deux questions?
- mh.
- Est-ce que je peux vous acheter une cigarette?
- tenez, je vous l'offre.
- Comment vous faites?
- Comment vous faites quoi?
- Pour être aussi jolie.
- ...c'est de naissance."
Et toc.
J'ai appris à jouer La terrasse à mes deux nouvelles petites soeurs. Elles sont très mignonnes et elles ont même animé la soirée de ma voisine. Cela fait plaisir d'avoir des petites chez soi ; cela change des soirées-apéro (beuveries). C'est plus posé et j'ai une famille d'adoption, ici, à présent.
Je me sens bien, tout simplement, d'où l'absence d'écriture. Pourtant le net est arrivé (merci Mr Néo) et je compte bien en profiter pour me remettre à pianoter.
13 juillet 2008
La valise et l'arrivée.
Culotte et débardeur. Assise sur coussins par terre dans « la » chambre. Pas encore la mienne, oh ça non. Je viens de finir de planter les tomates que j’ai apportées de Paris. Je ne vous dis pas l’expédition, dans le train. Mr SNCF avait prévenu au téléphone « euh… oui vous avez le droit d’avoir des plantes avec vous…euh…bien sûr seulement si c’est raisonnable ». Mais ça veut dire quoi, ça, être raisonnable ? J’ai opté pour deux plans d’un mètre soixante et une dizaine de mini-pousses criant famine dans leur petite barquette noire. Il n’empêche que mes plans ont fait un tabac au petit train bleu ce matin. A tel point qu’un serveur leur a même offert un repas (une belle carafe d’eau juste pour elles).
Je suis arrivée chez moi. Je suis entrée dans ma chambre. Je me suis mise à saigner du nez. Je ne saigne jamais du nez par hasard. De toute façon, qui croit encore au hasard ?
Je suis effrayée d’être rentrée. Ici, pour un mois. Mais pire « là-bas », pour deux semaines. Trois ans après, nous retournons pile à l'endroit où je suis « tombée anorexique ». J’ai mis trois ans à m’en remettre. C’est un cauchemar. Un an de maladie, deux mois de clinique, une année dans un appartement assistée, et enfin une année de délivrance loin de tout cela. Cette année. Je regarde face à moi. Je vois mon stepper. Bleu. Et mon gros ballon. Bleu. Le stepper je m’en servais pour me tuer, et le ballon, pour étirer mon dos qui se tassait.
Avant de partir, il a fallu faire cette chère valise. Je
me suis assise face aux étagères et j’ai dit « il me faut bien choisir… je
ne peux pas tout prendre… mais comment je vais faire ». Ma mère a ri et
m’a dit « pourquoi mes filles remplissent leurs valises de livres et pas
de vêtements, comme tout le monde ? ». Petite sœur a fait les soldes
sur Paris. Enfin c’est ce qui était prévu. Elle est repartie avec des bouquins
en anglais et la carte du magasin. Bien, j’ai tenté d’être judicieuse. J’ai
choisi de prendre avec moi La force de l’âge tout d’abord. Car un mois et demi
sans Simone de Beauvoir ce n’est pas possible, pas envisageable. C’est le
premier que j’ai attrapé. J’ai pris aussi En avant la zizique de Boris Vian.
Pour la simple raison que je l’ai acheté mercredi. Pour la même raison, j’ai
pris Des amis imaginaires, d’Alison Lurie. Roman satirique sur l’enquête de
terrain en sociologie. J’attends de voir ça. C’est fou ce qu’on trouve,
parfois, chez Boulinier. Enfin. J’ai ensuite pris La consolante, d’Anna
Gavalda, parce que mon élève me l’a offert il y a près d’un mois et que je ne
l’ai toujours pas vraiment lu. Au bout de deux-cent pages, je ne comprenais
toujours pas le fil et ai abandonné. Pas vraiment séduite, en somme. Puisque
j’étais lancée sur les épaisseurs, j’ai attrapé La misère du monde, dirigé par
Bourdieu. Je crois que c’était également par « vengeance ». Je
m’explique : je ne pars jamais nulle part sans Goffman (seul sociologue
capable de m’offrir – réellement – un orgasme à sa seule lecture), or voilà que
Mr B. a oublié de me rendre Mon Préféré. Par conséquent, j’ai pris La misère…
qui est a lui. Enfin, parce qu’il est mon écrivain vivant préféré (c’est ainsi
que je l’appelle) j’ai mis dans ma valise Falaises, d'Olivier Adam. Ce livre
recoupe tous les autres voilà pourquoi je le prends toujours avec moi ;
lui, lui, lui. Pour finir, dernière petite place que j’ai offerte à Vojislav
Kostunica pour Entre la force et le droit : chroniques du Kosovo. Comme il est possible que j'aille voir du pays vers Mitrovica en septembre, comme j'aime recueillir tous les points de vue. Comme...
A bientôt.
11 juillet 2008
dernier jour...
Mon dernier jour à la Maison. Mon dernier article... je suis triste.
Un pacte européen sur l’immigration et l’asile qui « manque singulièrement d’ambition »
Le pacte européen sur l’immigration et l’asile a été présenté à Cannes le lundi 7 juillet aux Vingt-Sept par Nicolas Sarkozy, président de l’Union européenne (UE) depuis le début du mois. Tandis que le pacte a été plutôt bien accueilli et a recueilli un « accord unanime » des Etats membres de l’UE, quelques militants d’organisations de défense des droits de l’Homme ont dénoncé une « Europe bunker ». Le pacte, amendé, sera voté en octobre.
Le pacte proposé lundi par la
France comporte cinq volets. Il s’agit d’organiser l’immigration légale et de
lutter contre les flux d’immigration illégale en renforçant notamment le
contrôle des frontières, géré par l’agence Frontex. Le quatrième volet, propose
quant à lui de « bâtir une Europe de l’asile » ; un projet qui,
pour Pierre Henry, président de France terre d’asile (FTDA) « manque
singulièrement d’ambition ». Le président de FTDA regrette
l’absence de « véritable
ambition européenne de protection » et craint qu’on s’en remette une
fois de plus à « l’égoïsme des Etats ».
La France renonce à ses ambitions sous la pression de l’Espagne
Ce pacte, loin de faire l’unanimité a soulevé de vives réactions. Un contentieux est né entre la France et l’Espagne à propos des régularisations dites « massives » d’immigrés illégaux. Le gouvernement français a, sans la nommer, dénoncé la politique menée par le gouvernement de José Luis Zapatero qui avait décidé, il y a deux ans, de régulariser près d’un million de sans-papiers. La grogne est montée également du côté des associations de défense des droits de l’Homme qui ont dénoncé la construction d’une « Europe bunker ». Le président de la Ligue des droits de l’Homme (LDH), Jean-Pierre Dubois, s’élève contre « la politique xénophobe que mène le gouvernement Sarkozy et qu’il cherche à étendre à l’ensemble de l’UE » et souligne avec ironie que « la régularisation dite « massive » d’un million de travailleurs sans-papiers en Espagne s’est fait au cas par cas, un par un, et qu’on est arrivé à un million. » Modifié pour satisfaire à l’ensemble des pays de l’UE, le texte se contente finalement de stipuler qu’il « revient à chaque Etat membre de décider des conditions d’admission sur son territoire des migrants légaux, et de fixer, le cas échéant, leur nombre». Autre point d’accroche, le fameux « contrat d’intégration » cher au président français a été abandonné. Le ministre de l’Intérieur espagnol s’est dit « satisfait » de cette décision.
La politique migratoire française, jugée
« inefficace »
Elu à la présidence de la France,
Nicolas Sarkozy avait affiché son objectif premier en matière
d’immigration : faire de l’immigration économique 50% de la totalité du flux
total. Chose impossible selon des experts. Pour y parvenir, le président
français a instauré des « quotas d’expulsion ». La mission a
été confiée à Brice Hortefeux, ministre de l’Immigration, de
l’Intégration, de l’Identité nationale et du Codéveloppement depuis maintenant
un an. Fixé à 25 000 en 2007, le
quota d’individus à expulser n’a pas été atteint. Pire encore pour le président
français, qui avait fait de la lutte contre l’immigration illégale son cheval
de bataille, la politique menée est jugée « inefficace » dans
un rapport remis cette semaine par le député Pierre Mazeaud. Est-il seulement
possible de quantifier le nombre d’individus qui chaque année rejoindront la
France (légalement ou non) dans l’espoir de rejoindre leurs proches ou de
demander l’asile ? Nicolas
Sarkozy, en opposant « immigration choisie » (cette immigration
dite « économique ») et immigration « subie » (le
regroupement familial notamment) -qu’il faudrait selon lui freiner- porte
atteinte à un droit fondamental : le droit de pouvoir vivre avec son
conjoint et ses enfants. Afin de rendre plus difficile l’acceptation des
immigrés, Nicolas Sarkozy a instauré en France un « contrat d’accueil et
d’intégration » ; celui-la même que l’Europe a rejeté lundi. Le
contrat doit être signé par les immigrés lors de leur entrée en France. Il
consiste en des tests de langue française mais également de la culture du pays
(par exemple, connaître et respecter le principe de laïcité). En cas
d’échec, les candidats doivent suivre des cours durant un maximum de deux mois.
Cette nouvelle ligne politique en matière d’immigration n’est pas spécifique à
la France ; en Russie par exemple, les étrangers se sont vu interdire
certaines professions (la pharmacie, la vente d’alcool, les marchés…).
La politique migratoire française, qualifiée d’« anti-étrangers »
par Jean-Pierre Dubois, ne sera pas
élargie à l’UE. Un nouvel échec pour Nicolas Sarkozy, qui a, selon le président
de la Ligue des droits de l’Homme « manqué son coup » en proposant un pacte « très éloigné de ce qu'il souhaitait » mais un échec aussi pour ceux qui attendent
un réel projet européen sur l’immigration et l’asile.
Lara Mahi
10 juillet 2008
17 heures et trente-quatre minutes.
Opposition flagrante entre le fait d’avoir « tout raté » cette année et la multiplication des propositions professionnelles qu’on me fait. Je fais des bonds et je cris « oui, oui, oui ». A tout. En même temps, comment refuser. Bref, je ne m’emballe pas trop, j’attends d’avoir des nouvelles. De savoir sur quoi porte la dernière proposition ; l’objet précis du projet. Puisque j’ignore tout de celui-ci. Sinon que je pourrais en faire partie.
A défaut de devenir journalisteuse, je vais peut-être devenir « sociologue » ce mot qui me terrifie et qui remplacerait mon rassurant « sociologiseuse ».
J’en peux plus d’être assise. De taper (ou de fixer lamentablement) mon clavier. A partir du 15 juillet je regretterai ce temps béni lorsque je me ferai les réunions d’anciens combattants et autres réjouissances… Heureusement que c’est l’été. Comme me l’a très justement dit Mme Ma. « tu échappes ainsi aux fêtes d’école ». Ah, ce bonheur relatif.
Guillaume, si tu passes par ici, dis-moi à qui répond Deleuze au début des Pourparlers. Je me suis sentie prise dans une guerre civile lorsque je l’ai ouvert ce matin dans le métro. Ça m’a au moins chamboulée cinquante secondes ce qui n’est pas négligeable uhuh…
Encore une demi-heure à fixer l’écran et je file… je n’aurai que douze heures de retard dans mon travail… pas ma faute ; on m’a filé une itw vingt minutes avant que l’interviewé en question ne se pointe. Je ne vous dis pas l’accélération de stress. Je remercie mon ami Wiki qui dans ces moments de solitude est très utile. Ma foi, ma foi.
… et op’, encore une clope. Demain, j’arrête.
08 juillet 2008
Je ferais mieux de travailler.
Ah ah ah... Bon je suis déprimée (enfin, genre la pas vraie, hein). Alors je trainouille et fais semblant de travailler. J'ai fait une bourde téléphonique. Enfin une fausse bourde car ce n'était qu'une secrétaire (ouh c'est mal de penser ainsi).
Pour me donner bonne conscience, j'emmerde le fils Sarkozy, c'est rigolo.
(Je suis quand même la seule à avoir reçu un "bonne soirée" (="casse-toi pauvre conne" dans le jargon du père) que je considère comme un encouragement à poursuivre dans ce très difficile métier - je tripe là)
Bref ça m'occupe en attendant de retrouver la motivation d'appeler, appeler, appeler, appeler.
haaaa
J'ai un article absolument abominable de complexité à écrire. Des personnes atroces à appeler. Je ne sais pas où commencer. Il est 11h23 ; l'heure de m'y mettre. Je me tâte : vais peut-être commencer par le bureau de la rédac chef pour avoir un peu de réconfort (ah ah). J'y trop une pauvre fille. Je veux pas quitter cet endroit MERDE. Je veux pas partir, je veux pas partir, je veux pas partir. En même temps j'ai été à ma future rédac' samedi et c'était fun ; l'ambiance m'a plu. Mais bon... j'aime PARIS. Bref j'ai un gros souci de choix à faire, je vais sans doute changer de filière pour plus de cohérence (passer de la socio - anthropo à l'ethno). Je suis une fille INCOHERENTE. On m'a assuré le contraire hier, mais, mais, mais. Mais, quoi.
Bon je file faire mes recherches.
Au boulot...
06 juillet 2008
En pointillés
Errante. Je comprends pas à quoi je joue. Ce que je joue. J’ai pas la partition, je comprends rien. J’ai toujours été nulle en improvisation. Moi on m’a appris les choses carrées, on m’a appris à bien retenir, à bien répéter. On m’a appris à respecter les règles. Les points et les parenthèses, les italiques, les croches et les temps. Les silences.
Je déambule. A moitié vêtue. J’ai beaucoup maigri. Je marche en tenant mon jeans ; hier j’ai été m’acheter des habits dont les tailles sont indiquées en années. Ce n’est absolument pas voulu, désiré. Je me trouve à gerber. Rien de neuf en fait.
Ma dernière semaine parisienne. Faut que je me fasse la liste de tout ce que je veux faire. Toutes les accréditations dont je veux profiter avant de ne plus pouvoir dire « Bonjour, Lara M., journaliste à, pourais-je avoir… ». Et puis tous ceux que je veux voir. J’ai envie de rencontres.
La Maison où je travaille va beaucoup me manquer. J’ai plus appris sur l’être humain en un mois qu’en vingt ans. Enfin, c’est une histoire qui est loin d’être finie. On m’a offert un gros projet. Une confiance unique.
Ce matin je me suis résolue à lire Une vie, de Maupassant. Je m’étais fait la promesse de ne jamais le lire car il m’a volé le titre du livre que je rêve d’écrire. Une vie. Je trouve ce titre tellement magique. Quoi que Perec a su faire mieux encore. Je ne sais pas s’il pourra un jour exister meilleur livre que La vie mode d’emploi. Je crois que ce livre n’a même pas pu être écrit par un homme. Ce livre transcende tout. Ce livre sait tout, il voit tout, il montre tout. Il a une tête et des pieds. Merde un livre qui s’achève, qui continue, qui existe mille fois partout, et s’inscrit au présent, un livre où chaque détail prend une dimension inouïe, où tout est important. Et quel mode d’emploi. Comment peut-on TOUT écrire. J’ai ouvert mon premier blog en 2001. Six journaux, intimes eux, l’ont précédé. Je voulais tout écrire. J’avais tellement peur d’oublier. J’avais peur de grandir, un jour, et de ne pas comprendre comment j’avais pu devenir cette personne et pas une autre. A douze ans j’ai demandé à ma mère si je pouvais commencer une psychanalyse. Douze années cela pesait déjà trop lourd en moi.
A la Maison, vendredi, j’ai expliqué pourquoi on ne m’avait pas vue pendant trois jours. En haletant, en pleurant, en m’excusant, j’ai tenté d’expliquer – en anglais – comment une jeune fille comme moi avait pu faire « ça », à un ami Ethiopien. Après j’ai ri car je lui ai dit que j’avais progressé en anglais mine de rien. Il m’a serré dans ses bras et m’a fait tourner dans les airs, dans le couloir du premier. Après nous avons marché dans la rue ; ma tête enfouie dans son tee-shirt… et je continuais à pleurer-anglais. Je me souviens que je lui disais je veux tellement faire ce métier putain, c’est en moi, ça me prend le ventre, je veux le faire ce métier, je veux le faire bien, je sais que je suis faite pour ça, je sais que je dois le faire, putain je veux faire ce métier. Il m’a serré plus fort encore et m’a dit tu y arriveras. Il m’a dit que j’étais jeune encore, et déjà grande. Il m’a dit de me laisser du temps. Puis que [il trouvait] j’étais une jolie fille alors j’y arriverais de toute manière, même si j’étais nulle.




