23 octobre 2004
Retour à une vie "normale"
Je me suis reveillée tot ce matin. Ai passé une nuit difficile : beaucoup pleuré, en silence. J'ai l'habitude de me lever tous les jours "tôt" depuis la clinique, car la bas c'etait 7h45 tous les jours sauf quand les infirmiers de nuits laissent une note comme quoi on a trop mal dormis et on a besoin de sommeil.
Donc reveil à 7h45. Pas de petit déjeuné : pas envie, et peur de grossir.
Je me sens très mal, à nouveau, comme la veille.
Je cherche un truc qui me fasse envie, un truc bien matériel si possible. Je décide donc de partir acheter les sims 2.
Je pars avec papa direction le lycée : signer ma longue absence, et récupérer des DS à faire pendant les vacs' pour avoir trois notes vite-fait. Je vois Thomas, le pion. Je ne l'avais pas vu pendant les 10jours que j'ai fait en deb' d'année au lycée. Je croyais qu'il n'etait plus là et ca m'a fait du bien de le voir, ca m'a retiré un poid : quelqu'un qui me connait. IL m'a demandé de mes nouvelles, et j'ai avoué que ca n'etait pas trop ca. j'ai fiallit pleurer, mais j'ai bloqué mon menton ( ;-) ), et j'ai arrété de parler pour pas que ma voix me trahisse.
Ca c'est bien passé. J'ai vu une CPE qui m'a dit de pas m'inquieter pour mon dossier, ca resterait entre moi ,eux et les profs. Personne ne va ecrire en apreciation " pas évaluable a cause de son absence" , ni même " bon ensemble malgres une absence" ( qui ne serait pas mechant mais qui me grillerait quand même).
Une matinée positive donc, je pense. Je suis toujorus angoissée, pas l'habitude de la foule. Voir tous ces gens au lycée... Je repensais aux gens de la clinique tellement différents ! ... C'est un autre monde qui est au fond de ce grand parc.... Des jeunes pures je trouve... Ils s'en foutent de ce que peuvent penser les autres.... C'est des enfants malades, qui n'ont pas besoin de se cacher... On peut parler vraiment. Parler vraiment. Ca va me manquer, ces discussions d'adultes entre enfants.
Mais me revoilà, donc.
22 octobre 2004
Fin de mon hospitalisation
Me voilà rentrée de la clinique. Mon hospitalisation s'est terminée il y a 1h30 à peu près... De retour chez moi , cela fait bizare.
Ai refoulée mes larmes dans la voiture.... Je n'ai plus peur de la betise que je pourrais faire ( car je m'efforce de ne pas y penser), ce qui me rend triste, c'est d'avoir quitté mes amis de la clinique... Je sais que j'en reverrai certain car les liens tissés sont trop forts pour etre ignorés...
Je regarde les photos prises ces dernieres journées.... Leurs prénoms, leurs histoires, nos fous rires... Je me suis vraiment attachée à eux.
Lundi ou mardi, quelqu'un va surement s'installer dans la chambre 159,
ma chambre. Ils diront " ah ! tu es dans la chambre de Lara" car la chambre de Karine, c'est celle de Fabian, celle de Vincent, c'est celle de Sarah, d'anne-lise, et de Virginie, la chambre de Nathalie est celle de Marialine; arrivée deux heures après mois et partie 3 ou 4 semaines avant....(ect...). J'en ai vu défiler du monde, et ils ont pensé que je ne pourrais plus évoluer avec eux. J'ai pu avancer d'un ptit bond les jours qui ont suivis ma tentative de suicide là-bas, mais j'ai re-bloqué. Ils m'ont dit que la porte restée ouverte, mais j'ai décidé d'affronter la vie, de quitter la jolie bulle-Dumas.
Une jolie bulle où nous sommes protégé de tout, mais surtout de nous. Nos moindres sortie sont surveillées, nos programes télé même (^^), le frigo est fermé à clef, les couteau cachées dans l'infirmerie.... Un jour il faut accepter de quitter cette bulle, cette sécuritée.
Le Dr. qui ne m'a pas suivit m'a dit des choses très gentilles pour me remonter le morale... Les infirmieres, aussi.... Et puis mes amis. Mes amis de l'UPA : la maison des fous :-) .
Le dernier entretiens ne s'est pas très bien passé. J'ai entendu le psychiatre, après, dire à une infirmiere " ca aurait pu etre pire" en riant. Pourquoi pas *-) . Bon je parlerais de lui avec du recul car là je suis encore agacée des derniers mots ( = reproches) qu'ils m'ont fait. A l'entendre parler, je n'ai qu'un problème de volonté. Il est même allé jusqu'à dire que j'aimais etre desespérée, malheureuse ( ect). Il m'a fait du mal, mais j'ai pleuré sans rien dire.
J'ai repris mes 4 kilo perdus cet été ^^. Mais bon j'me console en me disant qu'ALex en a pris 7 et Elise 30. Et pis bravo à stephanie qui en a pris 2.2 ( mais qui en avait besoin elle ^^).
La vie continue à l'UPA, Céline à eu l'autorisation de manger au self le midi tout à l'heure, Karine est arrivée en milieu d'après midi, Elise et Vincent se raprochent dans le salon fumeur (petites carresses :-p ) et ca se poursuit en confidences dans la chambre de Vincent, Alex a décidé de ne pas quitter l'UPA comme c'etait prevu : il a des choses à dire, Sabrina est dans une très mauvaise passe et j'espere sincermeent qu'elle quittera son masque de "ca va bien, je veux sortir", Nathalie est pleine de vie et ses derniers examens sanguin sont en progression positive (meme si chaque pas qu'elle fait reste dangeureux pour elle), et moi... Moi, j'espere que je vais pouvoir avancer maintenant que j'en ai appris un peu plus sur moi...
03 octobre 2004
Une soirée de fous (les vrais.)
Rentrée de ma permission, j'arrive à la clinique vers 18h40. Je pars directement dans ma chambre, où je suis rejointe par Sabrina avec qui on discute lingerie ( si j'ecrivais un livre je dirais " chiffons".) Elle me laisse un peu seule pour que je vide mes sacs.... Entre le reste des affaires de cours qu'il me restait chez moi, mes nouveaux sous-vêtements, mes habits propres, toutes mes affaires de toilette, mes provisions de bouffe, mes pelluches (etc..), j'en ai pour trois sacs, et ça prend donc du temps !
Je ne fini mon grand ménage qu'à 19h10. Je décide de jouer la sincerité, et vais pour remettre mon portable aux infirmières. En chemin, je vois une infirmière, Stephanie, Celine, Elise et Anne-lise à table. Je m'excuse : j'ai oublié de venir les aider à mettre la table. Je vais pour rendre mon portable, et retourne à la salle à manger. Je vais pour m'asseoir quand je réalise qu'il n'y a pas de place pour moi. Il ne reste qu'un couvert : celui de la seconde infirmière. L'infirmière Doriane me dit " toi tu manges pas là " de manière très agressive... D'accord... Préférant manger seule dans ma chambre comme dans mon précédent protocole annulé la veille, je souris intérieurement. "c'est possible.... et selon vous, je mange où?" je prie pour " ta chambre". Mais je me prends "au self " dans la gueule. Oh non, pas le self ! Tout sauf le self ! L'autre infirmière apparaît dans la pièce : "Attendez je vais aller voir le protocole de Lara". Je profite de l'occasion et pars presque en courant "C'est bon, je vais au self ! A tout à l'heure!". Il est 19h15, et je vais devoir m'ennuyer dans le parc pendant une petite demi-heure.
Me voilà dehors, je marche dans l'allée direction le self. Je croise Jean-Charles (un jeune de mon service qui est très speciale): "Lara...?" "Oui Jean-charles?"... "Je peux t'embrasser?". ARGH. Bon en bonne petite fille qui ne sait rien refuser, je me penche, et lui dépose deux baisers. Piouf. J'ai un peu peur qu'il m'en demande trop, car comme je le disais plus haut, je ne refuse jamais rien à personne. Il me demande s'il peut me tenir compagnie : oui , ca m'arrange. On s'assoit sur un banc et on est vite rejoint par Marion (que je n'aime pas beaucoup) Heloise (que je n'apprécie pas plus), et Sabrina, une amie. On discute un moment. Je demande l'heure toutes les dix minutes. A moins vingt, je me permet de rentrer au service.
"Lara? Tu es deja
la? Tu as mangé?". Merde alors. Je n'aurais donc pas pris suffisament
de
temps? "siiii j'ai mangééééééééé". J'aurais même pas pu dire ce qui
était au menu. Je me cloître vite dans ma chambre, et je lis mon
nouveau psycho-mag. L'infirmiere dont je connais pas le nom rentre. "je
peux m'asseoir?" . Meme pas un regard : oui je suis enervée ! "ohé?
lara? ". "C'est deja suffisament difficile de se préparer au repas,
mais si
a chaque fois j'me prends un truc dans la gueule, c'est plus possible!
Merde mon protocole je le connais! et mieux que vous! Prenez la
peine de le lire au moins une fois et vous pourrez vous permettre de me
dire que je me trompe! ". C'est sorti, et cela fait du bien. Un bien
fou.
Elle s'excuse, et reste un bon quart d'heure à me regarder lire. Elle me fait de la peine, j'aimerais bien qu'elle me laisse. Je suis enervée, mais j'avoue que je suis satisfaite d'avoir encore échappé à un repas. Enfin... une demi-heure après, elle m'apporte un plateau dans ma chambre... Bon, j'mange seule, c'est deja ça.
Le repas fini, je retourne à mes ptites lectures, quand Elise entre dans ma chambre. Suivie quelques minutes plus tard par Jean-charles.
Ils m'amusent tous les deux... Ils sont tellement.... Atypiques ...
Elise est grande, et un peu enrobée. Elle porte des petites lunettes rectangulaires. A cause des cachets, elle ne marche pas droit, et a du mal a faire des trucs pourtant stupides, elle oublie de remonter son pantalon en sortant des toilettes, elle s'est endormie plus d'une fois dans son assiette, elle peut rester une heure a tartiner de la confiture sur son bout de pain du matin. Elle est très triste, aussi. Très très triste. Elle ne parle jamais. Enfaite elle ne parle que quand elle sait qu'elle sera écoutée attentivement. Or quand on discute entre amis, personne n'est réellement attentif. Je pense etre l'une des seule jeunes du service à avoir entendu sa voix. On s'est liées d'amitié car on partage quelques problemes que les autres ne comprennent pas ( AM+depression+idées suicidaires...) Je lui pose les questions que j'aimerais qu'on me pose, et elle me donne les réponses que j'aurais aimé donner. C'est la personne que je connais le mieux ici. Et elle est peut etre la personne qui me connait le moins. Toujours a cause des cachets, il lui a fallut une semaine pour retenir mon ptit prenom de quatre lettres. Elle montre cependant un certain attachement à moi par ses " Dis... Ca serait bien que tu viennes à Belledonne..."(5fois/jours) (Belledonne est un autre pavillon de la clinique - un temps plein - où est normalement Elise.)
Jean-charles.. Jean-Charles à 19 ans (Elise a elle, mon âge), il habite en France depuis ses cinq ans. Il est originaire de Colombie et à été adopté par un couple âgé. Il est asociale, et a (tout comme Elise) des problemes avec des choses toutes simples. Il ne comprends pas par exemple qu'il n'a rien à faire dans ma chambre quand je n'y suis pas (je l'ai trouvé caché derrière ma porte un soir). J'aimerais qu'il progresse avec nous... On est plein de jeunes, et on est assez soudés, il faudrait maintenant qu'on l'aide à s'intégrer. C'est difficile parcequ'il n'a pas de limites, il semble désorienté. Un peu comme quelqu'un qui serait passé de 3 à 19 ans en une nuit. Le bisou sans raisons dans le parc est un exemple de sa maladresse. C'est amusant, mais ca peut devenir gênant aussi, voir meme énervant. Un soir, dans le salon : sont presents : Sabrina, Fabian, et moi. Assis, nous discutons. Jean-charles passe dans le couloir, et Sabrina l'interpelle " et toiiiiiii [elle venait d'arriver et ne connaissait pas nos prenoms], viens avec nous!". Jean-charles entre dans le salon - notre pièce commune - pour la deuxieme fois (en plus de deux semaines). Il s'assoit et reproduit toutes les mimiques de quelqu'un d'angoissé : frotte ses mains contre les jambes de son survêtement, respire fort, tremble et touche à tout sur la table, sans rien saisir. Finalement il se tourne vers Fabian "dis, je peux avoir une clope?". Fabian la lui tend, et personne n'a de briquet, il demande à tout le monde, mais c'est la pénurie. J'ai mon briqué, mais j'voudrais pas faire une betise: "euh.. Jean-Charles, tu ne fumes pas, n'est ce pas? Parce que tu sais, avec Sabrina, on fume pas non plus, enfin je veux dire, y'a pas d'mal à ça, si tu fumes pas à 19 ans, c'est pas le moment de commencer..." . Jean-charles redonne la clope à Fabian " euh tiens, j'aime pas la fumée, ca m'fait tousser, et ma mère va arriver là, et faut pas qu'elle me voit fumer aussi".
Nous voilà donc tous les trois dans ma chambre. On discute un ptit moment. Elise essaye de casser ma fenêtre ( de la débloquer) pour sauter. Je lui fais ma super-morale sur le suicide "pourquoi faire? sauter pourquoi? Si aujourd'hui est le pire, alors demain sera forcément meilleur, non?". Plutôt pitoyable lorsque soi-même on passe son temps à penser à cette fenêtre et au dernier saut. Après avoir trop longtemps parlé avec Elise, je me rends compte que J-C est un peu dans l'vent, et je m'en veux : l'a trop du mal a parler, alors avec lui, il faut poser plein de questions pour le faire participer. Il fouille dans ma chambre. Ca va, il a l'air de s'amuser. Je me crispe quand je vois qu'il fixe mes sous-vetements dans mon placard resté ouvert, mais je ne dis rien, pour ne pas le destabiliser. Je continue a parlé avec Elise. Regard vers J-C, il lit ma lettre d'Adeline. Roh non, là s'en est trop. Je vais jusqu'à lui et la lui tire des mains. Hùm, surement trop brusquement. Je lui parle comme à un enfant, et je me deteste : " jean-charles, c'est pas bien, c'est mon courrier, c'est personnel, j'veux pas qu'on le lise". Il me dit qu'il aimerait savoir ce que les filles écrivent dans ces lettres, leurs journaux intimes. On en parle un peu, mais sûrement trop remué par ma colère, il nous laisse seules avec Elise, dans ma chambre.
Elise saisit ma
guitare, et joue quelques accords: "Lara tu me montres le ré s'il te
plait?". J'ai peur qu'elle tombe de mon lit alors je l'aide à
s'installer, pas trop sur le bord. Elle se bave dessus, et ca m'fait de
la peine. En rogne contre mon psy (son psy) qui lui prescrit tout ca.
Elle part chercher son poste, et met un de mes CD. En fond, les Têtes
raides, et au 1er plan, les accords (pas très justes) d'Elise. Elle
pose la guitare, et se met à danser sur "Gino" dans ma chambre. Elle me
fait rire. Elle titube, elle tourne sur elle même, elle saute. Je lui
apprend un pas de danse un peu transformé "Elise, regarde, c'est le pas
de "l'oiseau" ". Elle fait le pas, et s'envole dans les airs, elle
sourit, elle rit. Elle a oublié la fenetre, le saut, elle a oublié. Je
ris, je l'observe, j'aimerais me lâcher comme elle mais je ne
peux pas. Je reste assise, et je la regarde. Juste. Un juste qui est
déjà beaucoup.
Une bonne demi-heure après je me décide à la suivre. Je chausse mes pointes, et je papillonne à mon tour. Je fait l'oiseau, je ris, je me decoiffe, et j'ai oublié la fenetre d'Elise, j'ai oublié mes pensées semblables à celles d'Elise. J'ai oublié.
On saute , on crie, on rit. Je me dit que si quelqu'un imagine une maison de fous, alors il nous imagine. Nous, Elise et moi. Elise et moi sautant, Elise et moi allongées par terre, qui reprenons notre souffle.
"Elise? !!! Nous sommes.... une vague!" Et nous voilà representant avec notre corps une vague... Deux vagues, quatre vagues. On ondule notre corps contre le sol, et on rit. Le bruit de l'eau, le chant d'un rire. Le silence des larmes.
"Nous sommes maintenant.... Des lionceaux". Nous voilà rugissant, étendues sur le sol de ma chambre.
Elise participe "Lara ! nous sommes...
Nous finissons par une idée d'Elise : un humain! Elle mime un silence, un personnage qui dit "chut!". L'humain est donc pour elle quelqu'un qui se tait... Jouant de notre déprime, je lui dit que pour moi , l'humain c'est ça : et me voilà mimant une crise de larmes.
On rit, on rit, on rit.
Nous ne sommes plus que du rire.
Notre rire et nos cris résonnent dans le pavillon.
Et puis c'est à nouveau le silence.



