Mon bouquet d'herbe.

Babsye

08 octobre 2005

Je suis morte il y a un an.

Je suis morte il y a un an.

Un an, c'est quoi?

Un an c'est Alex qui ouvre ses bras pour moi, un an c'est des Ogres et une Fanny "errant au bord de l'eau", un an c'est les fous-rire en SES, un an c'est cette maîtresse que l'on aime, un an c'est les dix-huit ans d'une Fleur, un an c'est des milliers de calories, un an c'est une journée à Paris avec ces deux lettres gravées dans mon coeur, un an c'est le petit diplome qui tient en trois lettres et qu'on apprend à écrire en entier et sans faute le jour de l'examen, un an c'est des centaines d'heures dans les transports en commun, un an c'est les coucheries avec Pamy, un an c'est huit cassettes de Once and Again, un an c'est plein de films qui tournent en boucle dans la tête, un an c'est un concert sous un chapiteau, un an c'est les modelages à la fimo, un an c'est les nouveaux morceaux au piano, un an c'est les heures à Orsay, un an c'est ce manège dont je revais en secret, un an c'est les courbatures du jazz et les ampoules du classique, un an c'est mon silence en anglais, un an c'est des centaines de sourires, un an c'est des "je t'aime" et la boule au ventre qui va avec, un an c'est des pentes toutes blanches en criant "je glisse!", un an c'est les nouveaux amis, un an c'est un choix pour une vie, un an c'est un été de plus, un an c'est pour se rendre compte qu'on aime ses parents, un an c'est aussi écrire à sa soeur pour lui dire "j'espere qu'on se verra bientôt, dans ton nouveau chez toi", un an c'est des centaines de feuilles jetées, un an c'est la découverte de la philo avec la douce Mme P., un an c'est les rires en badbinton avec nos amis "les-hommes-sont-les-meilleurs", un an c'est des pages qui se tournent parfois en commençant par la dernière, un an c'est Amélie.

C'était ce soir, il y a un an. C'était un vendredi.

Il était 23h.

J'avais les pieds au dessus du sol et un drap autour du cou.

Elle s'appelle Amélie, elle est infirmière en psychiatrie. Amélie a vu le drap noué à la poignée, côté couloir. Elle a tout de suite compris ; on doit apprendre ça en école d'infirmière : "Leçon du jour : Comment les gens essayent de se tuer dans des lieux sécurisés. Ex : hopitaux, prisons, etc." .

La porte était entrouverte, je ne pouvais pas la fermer, avec le drap qui passait au dessus. Ca s'est passé très vite.

Elle faisait sans doute sa ronde. Elle a vu le drap. Elle a vu la poignée. Elle a vu le drap qui passait au dessus de la porte. Elle a vu la porte entrouverte. Elle a peut être vu l'ombre des pieds qui bougeaient dans le vide? Elle a tiré sur le drap noué autour de la poignée. Elle est entrée sans bouger d'un milimètre la porte. Elle a porté comme un bébé celle qui gesticulait encore. Elle l'a allongée sur le lit. Elle a déssérré le drap autour de son cou.

La demoiselle, du haut de ses seize ans a dit : "C'est vraiment rien", en haussant les épaules et en souriant.

Posté par Babsye à 17:38 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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