Mon bouquet d'herbe.

Babsye

20 octobre 2005

Le Dr et la bête posé sur le sol.

C'est le mal de dos qui m'a mennée chez le Dr.

"Bien. Alors enlevez votre pull, votre tee-shirt, je vais regarder votre dos."

Il me met de dos à lui.

Et là ma pire crainte. Je m'etais dit : Je boirai plein d'eau avant, au cas où. Et puis je me suis dit "Tu y vas pour ton dos ma cocotte, stresse pas!"

Et puis il me remet de face et va chercher sa balance.

"Montez".

Maman et lui regardent la chose sur le sol. Moi je sais déjà ce qu'elle va afficher. Il me demande "Vous pesez combien chez vous?". Mentir un peu. Mais pas trop. Pour pas que le mensonge se voit. Rajouter combien de kilos? On sait jamais je pourrais lui faire croire que c'est la sienne qui débloque. "46".

Il faut monter.

J'ai mes colants, ma grosse culotte blanche, mon soutien-gorge, et ma jupe longue avec plein de volants. Allez c'est le moment de se tasser.

44.00

Argh. Bandes de vilains, vous m'abandonnez là, maintenant?

Ca va ils sont contents?

"Bien, rasseyez-vous".

Merde. MERDE.

"Vous mangez?" "oui" "quoi?" "bein ca dépend des jours!" "Où?" "bein ca dépend aussi!" "Bon bein par exemple, ce midi vous avez mangé quoi?" "des crêpes!".

Crise je t'aime. J'ai laissé un peu de desordre dans la cuisine pour que maman voit mon beau repas. (Enfin la partie que j'ai laissé voir. Celle qui était montrable. Pas la totalité, autrement dit.) Elles sont pas restées. Mais "crêpes" c'est calorique. Ca fait bien de dire qu'on a "fait des crêpes". Elle sourirait presque. Alors qu'elle voudrait pleurer.

Ah ça mes crêpes. Il a même changé de sujet pendant 5 secondes.

Et maman a demandé quel était le poids normal pour ma taille. Il a répondu.

J'ai cru que maman allait me faire bouffer. Qu'elle allait s'enerver sur moi. Qu'elle allait.

Et puis enfaîte, elle a dit : "Ah je peux donc prendre un kilo".

Ca m'a même pas soulagée. Non. J'étais limite enervée.

Merde. Je voulais pas qu'ils sachent mon poids. Qu'on me laisse tranquille.

"Mais tu veux encore maigrir?" "bien sûr que non!"

Et dire que je m'étais promise d'arrêter de mentir au CM2.

S'arrêter là. Parce que le Bambou va pas bien. Il bave, se lave plus, dort tout le temps. Maman elle dit que c'est la fin.

Et puis être HS au point de se faire vouvoyer par le Dr qui me connait par coeur. Pffff.

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11 octobre 2005

Parce qu'elle ne sourira plus.

Elle est sans vie et triste.

Alors elle compte ses petites pièces dans son porte-monnaie. Et puis elle pleure, un peu, parce que c'est ce qu'elle sait le mieux faire. Elle recompte ses pièces, une fois, deux fois. Elle aime bien compter. Tout est simple dans les chiffres. Rien n'est simple dans le reste.

Elle sort de la douche. La virée dans l'uterus de sa maman ne l'a pas calmée. Alors elle se regarde dans la glace. Elle fixe ses gros bras. Elle fixe son regard remplie de vide.

Dans le placard, ses robes de nones. Elle les touche, les prend, puis les repose. Elle voudrait se sentir exister. Ca ne va durer que vingt petites minutes, mais si elle se sent exister pendant quelques secondes de ces vingt minutes, ce sera gagné.

Alors elle contemple, et puis fait un choix.

Sur le trottoire, elle marche en faisant semblant de ne pas faire attention. Les automobilistes ralentissent. Les vieilles lancent de vilains regards, elle leur répondra même par des "Bonjour" sous-entendant "Moi, je suis super heureuse". Mais elles ont raison ces madames : on aura jamais vu pareille catin dans le village.

Le porte monnaie-contre le coeur. Le vider, pour se remplir.

Et puis cesser d'écrire, pour aller faire le vide.

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08 octobre 2005

Je suis morte il y a un an.

Je suis morte il y a un an.

Un an, c'est quoi?

Un an c'est Alex qui ouvre ses bras pour moi, un an c'est des Ogres et une Fanny "errant au bord de l'eau", un an c'est les fous-rire en SES, un an c'est cette maîtresse que l'on aime, un an c'est les dix-huit ans d'une Fleur, un an c'est des milliers de calories, un an c'est une journée à Paris avec ces deux lettres gravées dans mon coeur, un an c'est le petit diplome qui tient en trois lettres et qu'on apprend à écrire en entier et sans faute le jour de l'examen, un an c'est des centaines d'heures dans les transports en commun, un an c'est les coucheries avec Pamy, un an c'est huit cassettes de Once and Again, un an c'est plein de films qui tournent en boucle dans la tête, un an c'est un concert sous un chapiteau, un an c'est les modelages à la fimo, un an c'est les nouveaux morceaux au piano, un an c'est les heures à Orsay, un an c'est ce manège dont je revais en secret, un an c'est les courbatures du jazz et les ampoules du classique, un an c'est mon silence en anglais, un an c'est des centaines de sourires, un an c'est des "je t'aime" et la boule au ventre qui va avec, un an c'est des pentes toutes blanches en criant "je glisse!", un an c'est les nouveaux amis, un an c'est un choix pour une vie, un an c'est un été de plus, un an c'est pour se rendre compte qu'on aime ses parents, un an c'est aussi écrire à sa soeur pour lui dire "j'espere qu'on se verra bientôt, dans ton nouveau chez toi", un an c'est des centaines de feuilles jetées, un an c'est la découverte de la philo avec la douce Mme P., un an c'est les rires en badbinton avec nos amis "les-hommes-sont-les-meilleurs", un an c'est des pages qui se tournent parfois en commençant par la dernière, un an c'est Amélie.

C'était ce soir, il y a un an. C'était un vendredi.

Il était 23h.

J'avais les pieds au dessus du sol et un drap autour du cou.

Elle s'appelle Amélie, elle est infirmière en psychiatrie. Amélie a vu le drap noué à la poignée, côté couloir. Elle a tout de suite compris ; on doit apprendre ça en école d'infirmière : "Leçon du jour : Comment les gens essayent de se tuer dans des lieux sécurisés. Ex : hopitaux, prisons, etc." .

La porte était entrouverte, je ne pouvais pas la fermer, avec le drap qui passait au dessus. Ca s'est passé très vite.

Elle faisait sans doute sa ronde. Elle a vu le drap. Elle a vu la poignée. Elle a vu le drap qui passait au dessus de la porte. Elle a vu la porte entrouverte. Elle a peut être vu l'ombre des pieds qui bougeaient dans le vide? Elle a tiré sur le drap noué autour de la poignée. Elle est entrée sans bouger d'un milimètre la porte. Elle a porté comme un bébé celle qui gesticulait encore. Elle l'a allongée sur le lit. Elle a déssérré le drap autour de son cou.

La demoiselle, du haut de ses seize ans a dit : "C'est vraiment rien", en haussant les épaules et en souriant.

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02 octobre 2005

Et si tout commençait par un plan. Un plan avec une grosse culotte rose.

C’est un plan sur une grosse culotte rose. Qui respire. Plein de paires d’yeux observent. Cette culotte qui bouge – ou pas.

J’ai toujours voulu commencer une note comme ça.

Oui. C’est tout.

Il y a quand même un rapport. Maigre, d’accord.

Ce sont deux culottes. Blanches.

Impudiques.

Dépravées ?

Bon, si vous voulez.

Au moins, elles sont deux.

Les jambes en l’air.

La tête dans l’herbe.

Sûrement un sourire sur leurs lèvres.

Un chacune.

Les habits sont les mêmes, et les sourires ?

Je ne sais pas, je ne les vois pas.

Je ne m’en souviens pas.

Dit maman, il était comment mon sourire ? Sincère ? Quand est-ce qu’il a changé ?

Elle a sa jambe pliée.

Elle a sa jambe tendue.

Quand elle était plus jeune, elle mangeait des fleurs violettes.

La jaune lui disait qu’elle aimait le beurre : « Mais explique-moi, comment elle sait que j’aime le beurre ? »

« Une tartine de beurre ? – Non merci. Je n’aime pas ça. »

Si la fleur l’entendait !

Elle se posait déjà beaucoup de questions. On dirait pas comme ça quand on la voit, la tête dans l’herbe, la jambe en l’air, la culotte à fleurs rose qui sourit.

« Mais explique-moi : Pourquoi le glaçon est parti ! Hein ? Pourquoi ? Je veux savoir ! – On a appris ça à l’école. Tu apprendras plus tard… – Non … Explique-moi, je suis grande, dit, je veux savoir ! – Bon … Enfaîte, la maîtresse nous a dit que c’était un petit monsieur qui venait dans les verres… et il vole le glaçon… –  Glaçon parti !!! »

Ca compte quand même pour des questions !

Les montagnes enferment ou protègent ?

Je préfère me sentir enfermée. Serrée. Contre quelqu’un. Contre quelque chose. J’aime ce qui est fort. J’aime être transportée. Emprisonnée. Par elles, cela m’est égal.

Mais de quoi elle parle ?

Bon. D’elle : on a l’habitude.

Et puis, et puis, et puis.

laraetleilapetites

Une libellule emprisonnée par une lampe une planche à roulettes un petit mot secret le son d’un sourire une main sur son épaule l’écriture en pamplemousse une mouche qui sait plus voler le rire d’une mamie l’Envie la couleur d’un ciel une fourmi écrasée le silence d’une larme un secret mal gardé une bague en plastique dame limace qui a brûlé un bain de mousse l’Ode-heure le ver amoureux de son étoile un baiser dans son cou l’hirondelle qui a pris sa retraite ses mains posées sur ma taille  les chewing-gum à la menthe-cerise son parfum préféré une souris prisonnière d’un fil une assiette en carton son sourire

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