Mon bouquet d'herbe.

Babsye

02 avril 2007

La notice.

S.Pellegrino dans une main, Lysanxia dans l’autre. Un cachet, une gorgée. Ce traitement ne peut à lui seul résoudre les difficultés liées à l’anxiété. Il convient de demander conseil à votre médecin. Bonjour médecin. Bonjour monsieur le psychiatre, monsieur le psychiatre, madame la psychiatre, messieurs les psychiatres, monsieur l’interne, monsieur le psychiatre, madame la psychiatre. Bonjour, je viens vous demander conseil. Il paraît que vous savez. Oui, vous savez, pour le conseil, c’est écrit sur la notice. Notice certes moins clair que celles que propose Ikéa. Il n’y a pas de schéma avec des A à emboîter dans des A’. Il y a quelqu’un d’autre à voir. Il y a l’explication de l’inefficacité future du traitement. Un cachet, une gorgée. Il vous indiquera les conduites pouvant aider à la lutte contre l’anxiété. J’ai toujours gardé les notices. Trophées? Je ne sais pas pourquoi j’ai toujours gardé ces putains de notices. Avec les quelques restes de cachets dont j’ai oublié de me gaver. Ou que j’ai stocké. Stock que j’ai oublié. J’ai toujours gardé et savouré chaque nouvelle notice. A chercher de bas en haut, une indication clair. Non, pas une solution pensez-vous donc ! Qu’est-ce que je cherchais ce soir encore ? L’explication de l’exercice de gym qui guérit des jambes qui tremblent du cœur qui s’emballe et de ce besoin de déchirer, de sortir de. ? Non… La prise de ce médicament nécessite un suivi médical renforcé, notamment en cas d’insuffisance rénale, de maladie chronique du fois, d’alcoolisme et d’insuffisance respiratoire. Non, je cherche combien il en faut pour gagner.
« Lara, on s’interroge… Cela fait trois mois que vous n’avez pas vu la psychiatre… certes vous m’avez l’air d’aller bien mais elle-même se demande si quelque chose s’est mal passé… si vous voulez vous pouvez voir quelqu’un d’autre si c’est le problème… »
Non, il n’y a pas de problème. Il n’y a aucun problème. Non, écoutez, chaque mot, écoutez chaque mot. Il n’y a pas de problème. C’est en parlant que je crée les problèmes, c’est en pensant. Je voudrais tout cesser. Je dois vous dire merci. Merci à vous tous et aux années d’abrutissements cache(c)tiques. Car voyez-vous, j’oublie. J’oublie tout. Je n’oublie plus qu’uniquement la date. Non, j’oublie mon nom, ce que je fais, où je vais, d’où je viens et le but de chaque geste, j’oublie mes promesses, mes obligations et mes amis. Et j’oublie même mes désirs. Un cachet, une gorgée. Ce médicament ne traite pas la dépression. Ah oui ? Il traite tout le reste, j’espère. Chez le sujet présentant une dépression il ne doit pas être utilisé seul car il laisserait la dépression évoluer pour son propre compte avec persistance ou majoration du risque suicidaire. Ce qui est rigolo (oui je vous assure il y a des choses très amusante dans cette dernière phrase). Ce qui est rigolo, c’est de voir la dépression objet de l’action. La dépression, le moteur de l’action. Une gorgée, un cachet.
Maman m’a demandé pourquoi tu veux rentrer chez toi. Elle m’avait dit j’en ai marre de toi merde tu nous fait tous chier tu vas jamais bien tu m’entends on en peut plus de toi je t’emmènerai pas chez toi ras-le-bol. Alors je suis allée au piano. Quand ça va trop bien ou trop mal je vais au piano. Ça m’anesthésie, c’est incroyable. Rien ne me fait plus (ou moins ?) d’effets que le piano. Je laisse pianoter les doigts, et le cerveau s’arrête. Il n’y a plus que la machine, la mécanique de l’enregistrement des doigts qui ont appris à bouger sans plus savoir ce qu’ils font, où ils appuient. Les sons s’enchaînent. Je joue. Je crée un décalage entre la main gauche et la main droite et je joue toute la partition invisible avec une main en avance sur l’autre, puis l’autre qui reprend l’avance et dépasse cette première. Parfois, je me sens partir. D’autres fois, les larmes coulent le long de mes joues, jusqu’à échouer sur mes genoux et je me sens malheureusement bien là, présente. Après cette première parade, je décide de ne jouer que la même mesure le plus longtemps possible. Sept minutes et trente-six secondes la dix-neuvième mesure. En haut une porte claque. Je change de mesure. Trois minutes et six secondes. Je me lève. Je fais trois fois l’aller-retour piano porte et me rassois. Me relève, me rassois. Je cours en haut et redescend plus rapidement. Je tourne. Et me rassois. Maman me dit bon je t’emmène chez toi dépêche-toi on y va. Dans la voiture elle me redit qu’elle ne voit pas pourquoi je veux rentrer. Maman, je veux rentrer parce que j’ai pas d’anxiolytiques à la maison. Enfin si mais je veux pas ceux-là ce soir. Non, sûrement pas. Je souris et dit que j’ai envie de retrouver mon petit chez-moi, que je reviendrai mercredi, sans doute.
Dernière gorgée. Parce que mardi, je dormirai.

Posté par Babsye à 17:30 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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