Mon bouquet d'herbe.

Babsye

22 septembre 2007

Un jour je partirai. (extrait 2)

"Anne a entendu la porte claqué. Elle a sursauté. « Jacques ! » « Marie ?». A l’étage, France Info, masquait les sons qu’offre une maison en vie. Anne monte les marches quatre par quatre. « Jacques ? ». Il dort. Sur son fauteuil usé que Anne a tant voulu jeter que Jacques s’y est d’autant plus attaché au fil des nombreuses disputes. C’est ce soir là que la famille s’est désagrégée. Ou peut-être que cela fut tous les précédents, et que ce soir là n’était que la conséquence logique de ces quatorze années de solitude.

Le son de cette porte qui claque, Anne ne pourra jamais l’oublier. Des nuits entières, des journées sans fin passées à attendre, le regard dans le vide, elle s’est répété ce bruit en tentant d’évaluer la colère, la tristesse, ou la joie peut-être que Marie avait ressenti en les quittant. Anne n’avait pas souvent cherché « le sens » dans sa vie. Jacques avec ses hauts diplômes et ses connaissances sur tout le lui avait régulièrement reproché. Il se moquait d’elle, ou plus simplement, ne lui parlait plus depuis longtemps. Parce que Anne n’avait jamais lu le livre du moment. Cela faisait des années qu’elle n’avait pas non plus mis les pieds au cinéma. La dernière fois, c’était avec Marie ; sûrement un Wald Disney. Et puis surtout, Anne n’avait pas plus fait une école de commerce qu’une école d’ingé. Elle avait tout simplement rencontré Jacques, en dernière année de lycée. Ils étaient tombés amoureux, puis elle, enceinte. Pendant que son ventre s’arrondissait, Jacques étudiait. Quand Marie a offert son premier sourire, Jacques était à une soirée avec des amis de son école. L’après-midi de ses premiers pas, il est rentré tard et Anne, qui s’était endormie, n’a pu lui raconter l’évènement que le lendemain.

Ce qu’Anne aimait, c’était soigner leur maison. Petite déjà elle passait des heures à décorer sa chambre. Elle rêvait que son père y installa un four comme celui de Daniella. Elle aurait voulu qu’une maison puisse entrer dans son petit espace. Elle voulait grandir, surtout. Alors quand enfin elle fut installée dans son chez-elle, elle arrangeât les meubles, fit repeindre le plafond et posa une nouvelle tapisserie – toute seule, car Jacques travaillait le jour où elle s’était décidée pour le motif – dans la cuisine. Le dimanche matin, pendant que Jacques dormait dans son fauteuil sur le son de monotone de sa radio, Anne installait Marie dans sa poussette et allait aux puces rue S-Gs. A l’époque, elle n’aurait jamais pensé que sa fille la quitterait un jour. Et que quelques mois plus tard, son mari s’en irait à son tour.

La porte s’était brutalement refermée.

Anne s’est dit que Marie finirait par rentrer. Elle a laissé la lumière allumée dans l’entrée. Mais a été embêtée au moment de se faufiler sous ses draps en songeant à la porte restée déverrouillée. Cette nuit là Anne a peu dormi. Les semaines qui ont suivi, et surtout celles après le départ de Jacques, Anne s’est demandé comment elle avait pu avoir plus peur pour son petit intérieur laissé ouvert que pour sa fille partie dans la nuit. "

Posté par Babsye à 18:02 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Une suite, une suite !
:)

Posté par Laeti., 24 septembre 2007 à 01:27

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