Mon bouquet d'herbe.

Babsye

25 septembre 2007

Elle en a gribouillé les mandarins.

J’avais un calendrier dans les mains. Au début j’en voulais pas de son calendrier. Je lui ai dit non c’est bon, je vais compter, c’est pas bien compliqué. Elle m’a dit alors le neuf septembre, peut-être. J’ai dit oui. Puis non dans un sursaut, parce que cette nuit là je m’en souviens très bien. Alors le seize. J’ai dit je ne sais pas puis j’ai attrapé son calendrier. Je lui ai dit que c’était ça le quinze le seize. Que ça n’avait duré que deux petits jours, que cela m’avait surprise, sans plus mais que je n’étais pas venue pour ça. Elle m’a dit allez vous déshabiller et vous allonger.

Bonjour, je n’ai pas pris rendez-vous, je, enfin si c’est possible de faire cet examen tout de suite. Oui, montrez moi. J’ai tendu la feuille. Votre adresse c’est toujours treize rue… Non j’ai déménagé. Oui voilà Nanterre, non je ne sais pas où en est le transfert, je me suis inscrite à la LMDE là-bas, mais. En fin d’année sûrement, je veux dire, pas avant janvier mademoiselle. Elle m’a dit allez vous asseoir.

J’ai été me servir un verre d’eau. Parce que je venais de monter en haut de la colline à vélo – et à toute vitesse – et que j’avais soif. Alors j’ai bu, puis je me suis assise.

Une dame a ouvert une autre porte. Elle a regardé la feuille puis a prononcé mon nom. Je me suis levée, suis allée jeter le gobelet puis l’ai suivie. Une fois assise elle a demandé « votre prénom ? » J’ai dit Lara, et ai remonté ma manche. Elle a lu la raison de la prise de sang.

A partir de là, elle n’a cessé de sourire. Je me suis demandé à quoi elle pensait, avec son sourire niais. T’as lu mon âge ? Ouais je sais, tu as vu pire. Presque vingt ans c’est sans doute parfait pour repeupler la France.

Un peu plus tôt j’étais dans le bus. Quand j’ai lu son piluleprénom sur mon portable entrain de vibrer j’ai commencé à pleurer. J’ai dit oui entre deux hoquets. Puis, très fort, je suis dans le bus. Il a dit d’accord, tu peux pas trop parler. En essayant de ne pas faire profiter à tout le bus de la conversation j’ai dit. J’ai oublié une fois, et c’était fin août en plus, puis elle m’a dit que deux jours c’était pas normal, j’ai fait plein de schéma, j’y comprend rien je suis très angoissée.

Encore plus tôt, je suis entrée dans le centre médical. J’étais assise dans la salle d’attente avec un papa et un nouveau né. La secrétaire est venue me voir. Elle m’a demandé vous attendez la sage femme ? J’ai répondu que oui. Cinq longues secondes se sont écoulées avant que je ne percute. Non, pas du tout, pas la sage femme, non. Alors la secrétaire m’a dit que je m’étais trompée de salle d’attente.

Après qu’elle ait rempli ses deux tubes elle m’a encore adressé un grand sourire puis m’a dit que j’aurais la réponse demain. Son sourire, il voulait dire : j’espère avec vous que ce sera positif.

Espère pas trop, surtout.

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22 septembre 2007

Un jour je partirai. (extrait 3)

"Anne est assise dans le fauteuil de Jacques. Elle ne sait pas depuis quand. Ni même le jour ou l’heure qu’il est. A ses pieds, une tasse. Son thé est froid et l’eau restée au fond est devenue presque noire. Vanille caramel. Le préféré de Marie. Quand Anne pense, ses yeux s’embuent. Alors elle essaye de dormir, pour ne plus penser. Elle aimerait dormir longtemps, longtemps, et puis être réveillée par les colères de Marie, ou le ronflement de Jacques. Anne se demande ce qu’elle a pu si mal faire. Elle se lève, difficilement. Restée recroquevillée trop longtemps elle ne sent plus son pied gauche et s’accroche à la poignée de la fenêtre pour ne pas chuter. Elle porte tellement d’amour en elle qu’elle n’arrive plus à marcher sans s’agripper aux murs. Cela pèse. Elle ne se rappelle pas avoir dit cet amour à Marie, mais s’empêche de regretter. Elle a déjà passé des mois à regretter et cela n’a pas fait revenir Marie. Sourire d’amertume, « ça a peut-être même fait partir Jacques. »

Il fait sombre. Il doit être dix-huit heures. Ou cinq heures. Anne ouvre la fenêtre du bureau de Jacques, inspire, puis la referme. Elle ajuste son chandail, descend les escaliers et prend la clé de sa voiture. Ce n’est que lorsqu’elle appuie sur la pédale pour démarrer qu’Anne réalise qu’elle est restée pieds nus.

Elle roule, de longues minutes. Parfois, elle ferme les yeux, appuie sur l’accélérateur, et compte. Mais elle ne peut pas. Elle se dit qu’elle n’a pas le courage de Marie, ni celui de Jacques. Elle n’a jamais voulu tout quitter, partir, et ne pas revenir. Alors elle rouvre ses yeux et halète. Jamais plus elle n’aura une famille. Anne gare sa voiture sur le côté de la route nationale et pleure. Elle s’endort. Quand elle se réveille, elle est éblouie par les néons bleus de l’éléphant qui se propose de laver sa voiture.

En rentrant, Anne dépasse le camion poubelle qui commence son ramassage. Elle accélère, veut rentrer chez elle avant de croiser les voitures des mamans accompagnant leurs enfants à l’école. Elle met au garage sa petite 205 blanche. Les graviers lui blessent la plante des pieds. Anne se demande comment elle a pu ne rien ressentir quelques heures plus tôt en marchant sur ce même gravier qui lui griffe la plante des pieds. Elle insère la clé dans la serrure de la porte d’entrée. Rien ne se passe, la porte était restée ouverte. Anne sent bien qu’elle a changé. Elle se sent perdue. Elle va dans la cuisine, se fait chauffer de l’eau, puis la verse dans une tasse dans laquelle elle a déposé un petit sachet de thé. Anne monte les marche, pose la tasse au pied du fauteuil de Jacques, s’enroule dans son chandail, et se couche, en petite boule. Elle s’endort. "

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Un jour je partirai. (extrait 2)

"Anne a entendu la porte claqué. Elle a sursauté. « Jacques ! » « Marie ?». A l’étage, France Info, masquait les sons qu’offre une maison en vie. Anne monte les marches quatre par quatre. « Jacques ? ». Il dort. Sur son fauteuil usé que Anne a tant voulu jeter que Jacques s’y est d’autant plus attaché au fil des nombreuses disputes. C’est ce soir là que la famille s’est désagrégée. Ou peut-être que cela fut tous les précédents, et que ce soir là n’était que la conséquence logique de ces quatorze années de solitude.

Le son de cette porte qui claque, Anne ne pourra jamais l’oublier. Des nuits entières, des journées sans fin passées à attendre, le regard dans le vide, elle s’est répété ce bruit en tentant d’évaluer la colère, la tristesse, ou la joie peut-être que Marie avait ressenti en les quittant. Anne n’avait pas souvent cherché « le sens » dans sa vie. Jacques avec ses hauts diplômes et ses connaissances sur tout le lui avait régulièrement reproché. Il se moquait d’elle, ou plus simplement, ne lui parlait plus depuis longtemps. Parce que Anne n’avait jamais lu le livre du moment. Cela faisait des années qu’elle n’avait pas non plus mis les pieds au cinéma. La dernière fois, c’était avec Marie ; sûrement un Wald Disney. Et puis surtout, Anne n’avait pas plus fait une école de commerce qu’une école d’ingé. Elle avait tout simplement rencontré Jacques, en dernière année de lycée. Ils étaient tombés amoureux, puis elle, enceinte. Pendant que son ventre s’arrondissait, Jacques étudiait. Quand Marie a offert son premier sourire, Jacques était à une soirée avec des amis de son école. L’après-midi de ses premiers pas, il est rentré tard et Anne, qui s’était endormie, n’a pu lui raconter l’évènement que le lendemain.

Ce qu’Anne aimait, c’était soigner leur maison. Petite déjà elle passait des heures à décorer sa chambre. Elle rêvait que son père y installa un four comme celui de Daniella. Elle aurait voulu qu’une maison puisse entrer dans son petit espace. Elle voulait grandir, surtout. Alors quand enfin elle fut installée dans son chez-elle, elle arrangeât les meubles, fit repeindre le plafond et posa une nouvelle tapisserie – toute seule, car Jacques travaillait le jour où elle s’était décidée pour le motif – dans la cuisine. Le dimanche matin, pendant que Jacques dormait dans son fauteuil sur le son de monotone de sa radio, Anne installait Marie dans sa poussette et allait aux puces rue S-Gs. A l’époque, elle n’aurait jamais pensé que sa fille la quitterait un jour. Et que quelques mois plus tard, son mari s’en irait à son tour.

La porte s’était brutalement refermée.

Anne s’est dit que Marie finirait par rentrer. Elle a laissé la lumière allumée dans l’entrée. Mais a été embêtée au moment de se faufiler sous ses draps en songeant à la porte restée déverrouillée. Cette nuit là Anne a peu dormi. Les semaines qui ont suivi, et surtout celles après le départ de Jacques, Anne s’est demandé comment elle avait pu avoir plus peur pour son petit intérieur laissé ouvert que pour sa fille partie dans la nuit. "

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Un jour, je partirai. (extrait 1)

"C’était le seizième jour du mois de mai. Il était un peu plus de vingt et une heure. Marie le sait parce qu’Anne venait de s’asseoir devant la télévision du salon pour regarder un de ces films qu’elle avait sûrement déjà du voir l’an passé à la même période, et l’année d’avant encore.

Marie était assise sur le rebord de sa fenêtre, les jambes dans le vide. Elle aimait fermer les yeux et ne se concentrer que sur le souffle du vent qui caressait ses joues et faisait danser ses cheveux. Assise ainsi, elle se trouvait différente et se sentait jolie, même. Des enfants étaient encore dans la rue de devant, jouant dans la nuit naissante. L’un tapait dans un ballon et un autre allait le chercher en courant pendant que tous se cachaient. Celui qui ramenait le ballon au point initial devait ensuite trouver les cachettes des autres enfants. Il y a deux ou trois ans, Marie pouvait encore jouer avec eux. Maintenant, elle était devenue trop grande. Elle l’avait senti à la manière dont certains messieurs la regardaient dans la rue. Elle n’en était pas au point de certaines filles de sa classe – et espérait d’ailleurs ne jamais devenir ainsi  – mais les enfants du quartier n’étaient plus venus, d’eux-mêmes, la chercher le soir pour jouer. Marie a fermé ses yeux, très fort. Quand elle les a rouverts, elle n’a vu que des petits points noirs. Elle s’est levée, puis a sauté du côté de sa chambre.

Marie ne voulait pas réfléchir. Elle a attrapé son sac en bandoulière, a pris tout l’argent qu’elle a pu trouver – quarante-trois euro – et quelques habits qu’elle a fourré en boule dans le sac. Du couloir, elle a entendu la voix monotone de France Info semi-couverte par les ronflements de son père. Elle est entrée dans son bureau et le plus délicatement possible a fouillé dans les poches de son blouson, accroché à la fenêtre. Elle y a tiré quelques euro. Marie commençait déjà à regretter. Ça ne lui ressemblait pas. C’est là qu’elle a pris réellement sa décision. Elle s’est assise sur les marches de l’escalier et s’est fait une promesse : partir, ne pas regretter, ne pas revenir.

Marie s’est levée. Est passée par la cuisine pour prendre une bouteille d’eau. Elle a pris au passage un paquet de bichocos. Par la porte vitrée qui sépare le salon de l’entrée Marie a entre-aperçu sa mère, couchée sur le canapé et éclairée par l’écran de la télévision.

Puis Marie a fait les derniers pas. Elle avait l’impression de rebondir à chaque fois que l’un de ses pieds touchait le sol. Elle voulait marcher naturellement mais n’y parvenait plus. Elle ne voulait pas réfléchir, non, juste marcher, avancer, partir.

C’est ce que Marie a fait. Elle a ouvert la porte, puis l’a claquée derrière elle. Elle a couru d’abord, jusqu’à être essoufflée et avoir les jambes en coton. Et puis elle a marché dans la nuit. Marie n’avait pas peur."

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21 septembre 2007

Le recommencement.

J'avais dit qu'une fois l'herbe plantée je serais chez moi, et voilà qui est fait. Sur le coup, même si cela m'a pris bien deux heures ji toute fière parce que j'ai tout fait toute seule uhuh. (enfin, Clairette m'a donné le code background j'avoue turlututu.) Je pense transférer ici les notes de ma note anniversaire_de_trois_ans. Pour le reste cela ne pèse au total que 70 petites Mo et c'est dans la bête. (merci p'tit J.)

Alors à très vite, ici.

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16 septembre 2007

Le jour où on m'a annoncé la suppression de mon blog,

le jour où je l'ai déposé ici.

Je me souviens parfaitement de la première fois que j’ai vu un ublog.

 

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C’était celui de Laura. Je ne me souviens plus de l’url, ni du petit nom qu’elle s’était choisi. Peut-être Mamie Nova. Mais non, je ne crois pas. Ou une combinaison de plusieurs mots. Je ne sais plus. Mais la page, elle, je m’en souviens très bien. Cette interface plutôt moche, violette et grise.

 

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Le petit calendrier en haut sur le côté. C’était un défi. Nous étions sur skyblog depuis quelques mois. Années ? Je me souviens aussi du jour où elle a ouvert son skyblog. Nous étions en seconde. C’était il y a… six ans. Personne ne savait ce qu’était un blog pas même nous. Elle avait posté un canard en plastique et avait écrit le prénom qu’on lui donnait à côté. Chloé, Sarah, Laura, je suis désolée mais j’ai oublié son prénom à ce petit canard. Je me souviens de la grenouille Jacob, du poisson Maurice, du cochon Porcinet. Mais le canard, je ne sais plus. Il y avait ce canard, son prénom écrit. Et c’était une page web (ou ouèbe). J’ai dit à Laura « Ouah t’as crée un site toute seule ? ». Elle m’a dit « non, un blaugue ». J’ai fouillé et j’ai crée le miens. Au lycée on parlait « blog », personne ne connaissait. Certes nous étions à SMH (une grande cité avec ses cailleras et sa supérette je vous prie !) Mais on ignorait totalement l’ampleur que prendrait le « phénomène blog ». Pour les vingt-huit autres personnes de notre chère seconde, Blog c’était comme Jacob, Maurice. Un nouveau compagnon en plastique, qui sait. Ou une de ces chansons débiles qu’elles chantaient habillées de sacs poubelle parce qu’on avait osé leur dire qu’elles s’habillaient mal. (et que par une petite démonstration elles avaient voulu montrer ce qu’était un vrai sac poubelle). J’ai crée mon « ublog ». Il était violet et gris. Pour faire comme Laura. Puis il est devenu cornet de frites. Il est passé en noir et blanc quelques jours. Puis est devenu bouquet d’herbe. Quand j’allais pas bien il a passé un week-end – je crois – en sachet de bonbons. Pour redevenir ce bouquet d’herbe qui me ressemble.

 

 

 

Il y a des années là-dedans, comprenez ! C’est ma mémoire comme je l’ai souvent appelé. Souvent on me rappelle des choses que j’ai vécu. Parce qu’on les a lues ici. Et c’est moi qui dit « ah oui ?! Oui ça y est je me souviens. »

 

 

Je ne suis pas surprise. Mais j’ai reçu un coup, oui. Plusieurs heures après l’annonce. Un énorme vide, une grande solitude.

 

J’ai mis mes baskets, accroché ma marguerite à mes cheveux, pris mon écharpe et ma carte orange (soixante dix euro s’il vous plait !). J’ai attrapé A l’abri de rien,  son dernier enfant. Et puis je suis partie. Dans le métro je me suis sentie seule, encore plus seule. Je regardais tous ces gens seuls et j’avais envie de leur hurler « qu’est ce que tu fous là toi, et tu vas où, maintenant, mais pourquoi tu es là. » Des costumes cravates. Après une douzaine de stations, Palais Royal musée du Louvre. Quand je suis passée devant la pyramide j’ai pensé « 666, Da vinci code, culture de merde … » J’aimerais bien toujours vous écrire ce que je pense. On pense, tout le temps. Les associations d’idées vont et viennent. Ça tourne, ça tourne. J’aimerais tout vous écrire, tout vous dire. Après ça j’ai marché. J’ai croisé une dame sur un vélib avec un casque de moto vissé sur la tête. Elle portait un long manteau et malgré son casque était très belle et dP9131182retouche002roite sur son vélo de cent-dix kilogrammes. Il y a eu un garçon à rollers aussi. Qui allait très vite. Et je me suis demandé quelle était la limite de vitesse pour les voitures. Car les gens roulent vraiment très très vite là-bas. Après, je me souviens, j’ai pensé au pont de l’Alma, et à la princesse écrabouillée. Ensuite j’ai sans doute pensé à la nouvelle de Frédéric parce que je me souviens que j’avais bien aimé son petit livre sous ecstasy que j’avais lu à l’époque où j’étais rigolote.

 

Je suis arrivée sur mon pont. Je me suis assise à côté d’un groupe de punks anglais qui jouaient de la guitare. Ils chantaient bien (même bourrés, wouah) et le soleil se couchait sur la Seine, dans mon dos. Je voyais Notre-Detpuisvoilaame, et de temps en temps des bateaux-mouches de touristes passaient dessous «…. janséniste, écrit en chiffres romain …». Un garçon qui n’arrêtait pas de boire de l’eau et fixait le vide a souri. Moi aussi. Je crois que comme moi il s’est demandé de quoi parlait cette voix. Peut-être qu’il habite Paris depuis longtemps et qu’il a pensé « les touristes connaissent mieux cette ville que moi ». Dans la rue on me demande beaucoup de renseignements. Je réponds « Désolée je ne suis pas d’ici ». Ça va me faire bizarre le jour où je dirais « oui je vais vous expliquer… ». Je me sentais toujours pas très bien. Et c’est là que j’ai vu ces deux petits vieux. Ils étaient sur un banc sur le pont et avaient leurs mains agrippées. Ça faisait un nœud et je me suis sentie vP9131200retouche003ivante. Le monsieur embrassait la dame dans le cou. Je crois qu’elle riait. Après elle s’est blottie contre lui. Je suis restée là-bas, assise, deux heures. Quand je suis partie ils étaient encore collés l’un contre l’autre. J’ai vu passé un monsieur qui avait mis ses courses alimentaires dans le panier de son vélo, une dame en tailleur qui portait des chaussures de montagne, des anglais avec un ballon de rugby, deux touristes qui mangeaient un taboulé dans une boite plastique qui n’avait pas l’air franchement bon, le réverbère face à moi où des gens avaient tagué un smile qui m’a semblé m’être adressé, des vélos faisant trembler le pont qui – je cite Mr B. – « font un petit effet vibromasseur » – et parce que je suis solidaire je me cite – « loin d’être désagréable le petit effet, mh. », des ‘jeunes cadres dynamiques’ qui traversent ce pont sans doute tous les jours à vingt heures mais qui s’arrêtaient pour prendre en photo le soleil qui s’endort, deux garçons qui se tenaient par la main, un grand bébé qui apprenait à marcher…

 

Je suis rentrée à l’appart. Le cœur plus léger. J’ai pris des photos, d’ici. Je me suis dit que rien n’était perdu. Et qu’absolument rien ne m’empêchait de continuer. Ailleurs.

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