30 décembre 2007
Depuis les hauteurs.

Entre soeurf, courbes-à-tures, sozio...
mes pensées en halte y tude
24 décembre 2007
le dossier.
J’ai reçu mon dossier pour le master de sciences po
Paris cette semaine (chez mes parents) et l’ai donc ouvert hier, lorsque je
suis arrivée à Grenoble… j’aime bien ce qu’ils nous demandent sur nous (le
déclic notamment qui a fait que je veux faire du journalisme) mais nettement
moins les « lettres d’évaluation »… En particulier le « depuis
combien d’années connaissez-vous… » (parce que bon je suis en troisième
année et avec mon changement de fac pas fastoche de trouver quelqu’un qui
puisse dire « depuis sa période couche-culotte »). C’est bizarre parce
que j’ai toujours entretenu des liens proches avec mes professeurs et que là je
me sens totalement perdue et je ne vois pas à qui demander… A Paris ? A
Grenoble ? Est-ce que je peux demander à des profs du lycée ? Bref,
mille questions. Et peut-être vos réponses ou conseils ?
22 décembre 2007
une poignée d'heures à Lille.
J’ai passé la journée assise, sans bouger. J’ai eu mes parents au téléphone et j’ai dit « oui le train a encore eu une heure de retard ce matin. » C’était pas ce matin, mais la veille. Je suis restée assise, à un coin du canapé-lit. Toute la journée.
La journée d’hier avait commencé jeudi soir, à la gare du Nord. C’était la première fois que je prenais un train là-bas. Visiblement ma première fois n’est pas tombée le bon jour. Deux heures de retard (et encore je ne suis pas montée dans mon train qui lui, n’était toujours pas là.) Et enfin, Lille. Le trajet entre Paris et Lille est très court. Une heure. Mais ce qui m’impressionne, c’est que tout le long, il y a des lampadaires éclairant les voies.
J’ai rencontré Mr G., le garçon le plus attentionné qui existe. On a décidé que quand on sera grand, on travaillera pour Closer. On a le talent pour.
Et puis le vendredi matin est arrivé. Découverte de l’ESJ. Impressionnée et impatiente de composer. Première épreuve : l’actu. Un véritable échec. Je vais vous décevoir, mais trois notes plus bas je disais que j’allais travailler les aventures amoureuses de Laure Manaudou et j’ai oublié. Alors à la question « qui est Lucas Martin ? » j’ai répondu quelque chose d’abominablement atrocement faux. (mais qui m’a bien fait rire quand j’ai su qui était ce monsieur.) L’épreuve est assez déconcertante. Au niveau des noms-propres, nous avions toute une liste et il fallait dire, donc, de qui il s’agissait. Mais quand s’enchaînent tout le monde et n’importe qui. Ah je viens de découvrir qui est Walid Ben Talal. Enfin bref, pas évident, et pire : la rubrique nécrologique. Que des morts à identifier. Il y en avait 6 j’en ai identifié 0. (clap clap clap.) Et puis une carte de France avec que des anonymes qui se présentent dans des villes pommées (comme Mr Modem à Marseille par exemple) et dont il fallait dire la ville, (la situer sur une carte) et le parti. Je crois que j’en ai réussi aucun. Après j’ai composé sur l’Arche de Zoé et c’était plutôt simple.
A midi, visite de l’école. C’est rigolo parce que le matériel très neuf se trouve dans des environnements années 60. Si vous voulez retourner dans le temps faut tester le studio télé. J’avais la même moquette dans ma chambre, petite. Que de souvenirs !
Puis encore et encore des épreuves, de chouettes rencontres et moments. Et le retour à Paris. A vingt-trois heures je plante enfin ma clé dans ma serrure. J’appuie sur l’interrupteur. Ma lumière s’allume puis brutalement s’éteint.
Vivement que je rentre à Gre, j’aime pas le noir…
Re-coup de téléphone de maman. Il n’y avait plus de sapin elle a du acheter un sapin à trois chiffre / trois mètres. Vivement que mon réveil sonne 5h du matin et qu’à 7h je sois dans le seul train dans lequel il restait de la place… !
Joyeuses fêtes….
19 décembre 2007
Le scoop que vous attendiez tous. (ah ah)
Il se passe tellement de choses en quelques heures que j’allais presque oublier le scoop du jour. La scène se déroule dans la ligne 2 du métro, entre Pigalle et l’Etoile.
Un homme vient s’asseoir à côté de moi. Il a son téléphone collé à l’oreille.
« Oui voilà c’est moi… écoute ça a été un désastre… on avait des danseuses qui ne savaient vraiment pas danser… rah, ce que je suis déçu ! Je ne laisse plus jamais qui que ce soit faire des casting… ouais j’ai pas fait le casting là parce que si tu veux mon chat avait vomi toute la nuit… non-non c’était pas grave il a avalé une boule de poils alors j’ai passé la nuit à m’occuper de lui et je n’ai pas dormi… ouais donc si tu veux j’ai pas fait le casting… et un désastre, plus jamais je laisse les autres le faire. Parce que là j’ai pas encore vu Kamel, mais j’appréhende sa réaction. Tu as regardé l’émission ? Donc je vais ré-auditionné. Kamel a deux danseuses qui sont vraiment douées, et sinon je pense débaucher un peu le Roi soleil. Ouais alors hier j’étais avec Christophe J’saispasquoi (le gars de la nouvelle star) donc tu vois …blabla… sinon je pense qu’on va réserver une surprise aux artistes (les « artistes » c’est le gens de la star ac’ si vous avez pas suivi) y’a Patricia Kaas qui va venir les voir pour le réveillon. L’an dernier ça avait vachement bien marché. Sinon je vois Julie Depardieu ce soir, j’vais voir ce que je peux faire… Pour les danseuses donc on en a déjà deux. Elles gagnent 8500 euros par moi (je crois que j’ai mal entendu) payées à 70% par la starac donc c’est tout benef’ pour nous. Et sinon tu fais quoi toi pendant tes fêtes de noêl… […] »
Donc le grand scoop du jour que vous attendiez tous, Patricia Kass ira déguisée en papa noël faire « bouh » aux gens étudiants en star. (ça c'est du scoop!)
(quelqu’un a vu cette émission – autrement dit : un « désastre » ?)
17 décembre 2007
Lara sans famille.
Angoissée parce que pressée de rentrer chez papa&maman. Cette année, j’aime bien les fêtes de noël. Peut-être même que l’an passé aussi. Je ne suis pas déprimée. Juste comme enchantée par les couleurs des vitrines et les lumières dans les arbres (même les pieuvres volantes vers la place de la Nation, oui-oui.) Mais angoissée quand même parce que les autres sont avec leur famille et que moi, je me sens très loin de la mienne. Enfin, je sens que j’ai changé.
Angoissée aussi parce que vendredi je serai la journée dans cette école lilloise de futurs journalistes pour passer un concours blanc et que j’ai l’impression d’avoir « tout oublié ». J’ai peur d’oublier d’enregistrer des informations capitales comme le prénom de l’ex de Laure Manaudou ou encore celui de Melle Carla.
J’ai envie de manger des marrons glacés devant la cheminée avec papa&maman. (sauf qu’on n’a pas de cheminée.)
J’ai aussi une grosse, grosse envie : regarder Mary Poppins.
Et puis sinon la nuit de vendredi fut plus qu’éprouvante. Assez drôle avec du recul (quoi que.) Je pourrais par exemple écrire le début et la fin.
Au début il est vingt-deux heures trente. Je descend dans la cave du cybercafé. Je porte mes petites chaussures noires (celles que Melle C. appelait « les chaussures manga ».), une jupe à volants, des collants en laine assortis à mon sous-pull colle roulé. En d’autres mots : je suis habillée pour aller donner mon cours de math le lendemain dans une famille aisée. Arrivée en bas, je m’assois dans un fauteuil et tente de paraître occupée (sur un ordinateurs éteint.) Je me trouve plutôt incognito, fière d’elle la Lara (parce qu’une fille le soir dans un cyber c’est pas hyper courant oui-oui.) Mais voilà, un gars en face de moi crie « Putain j’suis amoureux ». Et tout l’espace se tourne pour voir. Pour voir ? Mais pour voir la fille qui vient d’arriver (et qui malheureusement n’est autre que moi.) L’histoire pourrait ne pas m’avoir fait tant rire si le garçon n’était pas « un punk ». Après tout peut-être que ce monsieur à crête allait lui aussi donner un cours de math dans une famille punk le lendemain pardi ! Enfin le souci c’est qu’il a croisé ses bras et qu’il est resté à me fixer en souriant. Moi, j’étais justement censée observer, mais du coup n’osait plus lever le bout d’mon nez.
23h, « Slt Lulu je t’en supplie viens vite y’a un gars ki me fait peur aaaaah ». Plus que peur j’avais envie de mourir de rire. Mais je me suis retenue une heure et demi. Parce qu’au bout d’une heure et demi le monsieur à crête et aux clous aux oreilles m’a fait une merveilleuse déclaration. A laquelle la petite conne qui tient ce blog à répondu « D’accord. » Puis comme le monsieur ne partait pas « Bein, c’est gentil. » et comme un clap final a explosé de rire comme monsieur était toujours debout devant elle.
Une heure du matin, je décide d’espionner (oui on ne peut plus dire observer) un gnome qui va d’ordi en ordi et tape sur le clavier comme on taperait sur euh, sur un truc qu’on n’aime pas. Le gars discute sur un forum Internet et écrit que son émission préférée c’est Des chiffres et des lettres et purée j’aimerais traduire ce grand moment avec des mots mais il fallait être à Châtelet pour comprendre. Ça m’a rappelé mes années Caramail quand j’avais 12 ans et que je tombais amoureuse tous les mercredi après-midi d’un mec « trop cool et intelligent. » Voilà, méfiez-vous derrière de belles paroles se cache parfois un gnome.
A deux heures du matin, on décide enfin d’attaquer le vif du sujet : un gars qui consulte des sites porno. En l’occurrence, du porno gay. Alors on s’approche et la première chose que je vois : son alliance. Le gars veut savoir sur quoi on travaille. Lara, reine de l’impro : « On travaille sur la perception qu’ont les utilisateurs du cybercafé sur les joueurs. On veut savoir, euh, si cette perception change selon si c’est… euh le jour ou la nuit. » Le gars à l’air vachement amusé et on le soupçonne de s’être rendu compte qu’on l’épiait dans ses « recherches Internet » juste avant. Alors on discute avec ce monsieur, mais plutôt loin de notre sujet en fait. Au bout d’une vingtaine de minutes je me dis que pour parler porno autant parler « grave » pour ensuite faire du « ah et le porno, c’est sympa, hein, le porno ? » Alors je lui demande ce qu’il pense des gars qui viennent au cyber pour regarder des sites pédophiles. Il dit que chacun fait ce qu’il veut. (ah ?) Alors Sisi enchaîne et lui confie que les joueurs vont régulièrement les dénoncer à l’accueil et que les managers sont en liens avec la police. Puis lui demande : Et toi aussi tu as déjà été te plaindre ? Mais notre interviewé est devenu blanc entre temps. Il attrape son écharpe la noue à son cou et déconnecte sa session. J’ai les jambes sciée et je comprends que monsieur père de deux enfants kiff ces sites. Il se lève, on lui redit poliment merci. Et on quitte la cave.
Après ça il y a le noctambus. On m’avait prévenue : que des cas soc. tous dans le même bus. Un gars m’a pris pour « Judith » et voulait me faire des câlins. Appart ça je suis arrivée vivante avec Lulu chez elle, et qu’à quatre heures je dodotais enfin.
A neuf heures, accoudée à la table en verre : « Alors, de quoi as-tu besoin pour calculer le cosinus de cet angle ? »
14 décembre 2007
L'entretien.
Cela fait maintenant quatre heures que je retranscris ce cher entretien. Il ne me reste plus que trois heures à réécrire après tout... Ce soir c'est la grande sortie. Si on ne nous a pas raconté de faux scoop on devrait se retrouver au milieu d'ébats sexuels en milieu public. (cours de déviance oblige.) Avec un peu de chance on aura aussi de la prostitution car comme je le disais pas plus tard qu'hier "moi si j'étais une prostituée j'irais là-bas sans hésiter. Il fait chaud, les toilettes sont grands, c'est ouvert toute la nuit..." RDV posé à 23h dans le quartier multiculturel parisien.
En attendant un extrait d'entretien parce que moi, ça me fait mourir de rire (peut-être que pour rire, il fallait y être en même temps.) Il faut savoir que depuis que je suis en socio sur Paris on me donne que des exposés sur la bourgeoisie et qu'en travaillant sur les joueurs de WOW je pensais changer enfin de sujet. Mais voilà que non, ils sont PARTOUT.
Pour la petite explication, BP et JP sont deux personnes qui jouent au même jeu et dans la même équipe. Ils fréquentent le même cybercafé. Jusqu'à notre arrivée et avant qu'on commence à discuter ils se connaissent finalement très peu. BP est un jeune, et vient d'un milieu aisé, quartier chic parisien. JP a un enfant (un ado), habite en banlieue et est un "gros joueur" comparé à BP. Au fil de nos questions ils se découvrent et deviennent assez agressif l'un avec l'autre. Petit extrait - ou petite perle :
JP : Non, non-non. C’est que les ado, je sais pas si tu as remarqué, mais ils ont une technique maintenant c’est qu’ils te ressassent toujours la même chose, toujours, tous les jours, comme là, le gamin il nous a demandé un téléphone, et il nous le répète tous les jours.
BP : Il a quatorze ans et il n’a toujours pas de téléphone ?
JP : Attend… mais le téléphone… euh il en avait déjà un et il se l’ai fait piquer.
BP : Et il est à quelle école ?
JP : Il est au collège.
BP : Mais quel collège ?
JP : Je vois pas le rapport entre le collège et le vol.
BP : Oh bein si ! Moi j’ai été à Victor Hugo, et aucun problèmes…Ah bein oui !
JP : Qu’est-ce que tu veux que je te dise… ?
Lara : C’est quoi Victor Hugo ?
BP : [rires]
JP : Ça n’a rien à voir, ça n’a rien à voir mon gars…
BP : Ouais mais il était à quel collège ?
JP : [en colère] Il l’a posé au réféctoire, il l’a oublié…
BP : Ah oui mais s’il ne fait pas attention aussi…
Lara : Parce que pour toi, le collège c’est important… l’endroit où on t’inscrit ?
BP : Bein…oui…
Lara : Parce que tu insistes pour connaître précisément le collège de son fils….
BP : Ouais mais là c’est pas un problème de vol ou de racket. Là c’est un problème qu’il n’a pas fait attention.
JP : Et pour toi, c’est quoi, c’est pas un vol peut-être qu’il l’ait pas retrouvé quand il est revenu ?
BP : Non mais en même temps, non mais je ne veux pas dire, mais si tu laisses ton portable n’importe où, c’est un peu normal (rires), moi mon portable je l’ai toujours sur moi ! Et moi je ne me suis jamais fait voler quelque chose.
(grand silence. On ne sait comment réagir avec Lucie)
BP : Non mais c’est vrai, hein.
Lara : Et c’est comment Victor Hugo comme collège ?
BP : Bein.. c’est juste à côté…
Lara : C’est un bon collège du coin, c’est ça ?
BP : C’est un bon collège de bourges.
Lara : Privé ?
BP : Non, c’est pas privé, mais c’est un collège bien côté.
Lara : Il n’y a pas n’importe qui qui y va ?
BP : Bein étant donné que c’est dans le IIIème euh… en général le collège il n’y a que ceux qui sont aux alentours, enfin, je pense, parce qu’on va dans un collège à côté. Moi c’était comme ça…
JP : Mais c’est tes parents, quand ils vont t’inscrire, c’est la mairie qui leur dit, pour tel arrondissement, c’est tel collège. Même dans les départements, même en IDF c’est la même chose. Quand tu vas inscrire le gamin sur les machins, les listes, ils te disent bein pour lui ce sera tel collège, et tu peux pas dire non.
Lara : Oui enfin c’est censé avoir changé avec la carte scolaire.
JP : C’est de la connerie ce truc.
BP : c’est quoi ça ?
Lara : C’est-à-dire que maintenant, on te dit que si effectivement il reste de la place dans un certains collège, disons que par exemple moi j’habite Nanterre, et un enfant qui habite Nanterre pourra aller dans ton collège Victor Hugo par exemple.
JP : C’est de la connerie ça.
Lara : Voilà donc dans l’idée, le gouvernement pense faire comme ça un brassage social, alors qu’au contraire, le risque pointé c’est que les collèges les mieux fréquentés le soient encore plus. Mettons que ton enfants habite le XVIème, et que ton collège Victor Hugo est encore mieux que le siens, il ira dans celui de Victor Hugo sans problème. Donc ça regrouperait encore plus les plus aisés. Mais tu n’es plus dans ce collège en fait ?
BP : Non, je suis plus dans ce collège. J’suis en BEP maintenant, j’suis en pro.
Lara : Toujours dans le IIIème arrondissement ?
BP : Non, dans le XI ème maintenant. Mais euh en fait, le fait que je sois dans un BEP , tous mes potes ont entre 18 ans, 19 ans, donc en gros, ils m’emmènent vachement en soirées…
Lara : Et c’est quoi les soirées ?
BP : Soit des boîtes, soit des squats…
Lara : D’accord… des boîtes parisiennes…
Lucie : euh c’est quoi ton squat ?
Lara : Parce qu’à Grenoble, un squat, c’est tu vas dans une baraque toute cassée et tu te couches sur un carton.
BP : Non, un squat c’est chez des mecs du XVI ème qui ont des big appart.
Lara et Lucie : D’accord… [rires]
BP : qui font 300 mètres carrés…
Lucie : Oui c’est des squats classes, d’accord, c’est pas des squats pouilleux.
Lara et Lucie : [explosent de rire]
BP : Et euh…
Lara : Non parce que excuse-nous ça nous fait rire mais nous le squat ça se passe sous un pont, tu sais…
BP : Ah non nous on fait venir des DJ, tout ça, y’a des DJ…
Lucie : D’accord c’est des grandes soirées quoi.
BP : Ouais et les DJ on les connaît parce que euh, mes potes les connaissent, donc euh, c’est gratos. Mais bon, c’est pour ça que mes potes sont, euh, enfin qu’ils arrivent à me faire rentrer.
Lucie : OK.
Lara : Oui donc tu n’es pas complètement le bienvenu…
BP : Ah bein c’est un squat hein. Tu squattes quoi. T’es pas censé être invité en fait.
Lucie : Ouais mais si quelqu’un arrive, comme ça, et ne connaît personne, il ne peut pas rentrer.
BP : Bein justement c’est comme ça. Si enfin moi je connais mes potes et après voilà quoi. T’es plus détendu après…t’es plus détendu, tu te fais des copains, et voilà (rires). Voilà. Par contre je suis déjà allé au mixe, je sais pas si vous connaissez le mixe [mix ?] ?
Lara : Non, c’est quoi le mix ?
BP : C’est éléctro.
Lara : Sur Paris ?
BP : Euh ouais. C’est tecktoniq, vous connaissez ?
Lara : C’est pas en banlieue justement ?
BP : Non ça c’est métropolis.
Lara : D’accord.
BP : Donc en fait, l’electro. Non mais déjà c’est trop loin, et en plus euh.. Même si il y en a aussi au mix, mais ça me fait un peu peur car je suis contre toutes les drogues. Je fume pas et je suis contre toutes les drogues. Sauf enfin, l’alcool. Non mais vraiment, ça c’est vraiment… toutes les drogues. Et ce qui me fait peur c’est qu’au métro [la boîte de nuit] il y a un peu trop d’exta et voilà.
Plus que 3h de cassette à retranscrire, mh!
Mercredi soir.
Mercredi soir, j'ai rencontré (du haut d'une salle de cinéma) Mr Ken Loach. Grace à Allociné (yeah) je l'ai même reconnu avant que le Mr Cinéma ne dise "Et voiciiiii... Ken Loach!"
C'était vraiment... bien et c'est pour ça que je n'en dirais presque rien. Comme dirait Mr B. la discussion s'est quelque peu transformée en congrès LCR et heureusement que Mr Cinéma était là pour parler... cinéma.
It's a free world! c'est l'histoire d'Angie, une mère célibataire_jeune_et_jolie qui se fait virer de l'agence de recrutement pour laquelle elle travaillait. Elle décide donc de monter sa propre agence avec son amie et colocataire Rose. Assez vite Angie est prise dans le désir de réaliser toujours plus de profits et décide qu'après tout elle peut bien elle aussi exploiter plus en detresse qu'elle : les travailleurs immigrés et sans-papiers. Le film décrit donc le basculement dans l'immoralité de demoizelle Angie.
A la fin de la séance je me suis transformée en voleuse_d'âme (après longue hésitation.)
[à gauche Ken Loach, une journaliste TV, la jambe du traducteur - ah ah]
Les petits bonheurs de la vie.
D’habitude, je n’aime pas quand la nuit tombe. En fait, c’est surtout quand je suis dehors, dans le froid, je crois. Mais ici, je sais que quand les dix-sept heures et trente minutes pointent leur nez, un petit plaisir m’attend. Je m’assoie au piano, je joue mes morceaux préférés et fixe le loin par la fenêtre qui se trouve face à moi. Le phare de la Tour Eiffel m’éclaire, et à chaque tour, un sourire.
Il y quelques jours, mon voisin d’en face a installé une horrible décoration de noël à son balcon. Une guirlande de lumières rouges qui clignotent. Je ne sais pas pourquoi je déteste autant les décorations de noël. Je crois qu’il y a quelques années, c’était plus… discret. Par chance Les décorations ici n’ont rien à voir avec celles de la petite ville d’où je viens. Dans la rue de mes parents, c’est chaque année plus moche que la précédente. Ça clignote dans tous les sens, et chaque toit abrite un père noël monstrueusement laid. Certains ne savent tellement plus quoi poser dans leur jardin qu’ils mettent maintenant des palmiers qui clignotent par exemple. Alors bon, j’aurais pu me contrôler, me dire « Ce n’est qu’une guirlande rouge », mais mon voisin ne m’a pas laissé le temps : il ne l’allume déjà plus.
Je l’aime bien sinon, mon voisin d’en face. Il a deux enfants et quand il faisait encore chaud, en fin d’après-midi, il les faisait réviser sur le balcon. Visiblement il ne fait par contre pas encore suffisamment froid pour lui puisque la dernière fois que je l’ai aperçu c’était il y a quatre jours et il faisait le ménage tout nu (sur le balcon, toujours).
De toute façon, du moment que je vois mon phare… C’est un peu le symbole du « qu’est-ce que je suis venue faire dans cette ville ?! » et il me redonne sourire et envie.
11 décembre 2007
La parenthèse.
(Thème : "recommencer")
Hier, en rentrant de l’heure de sport, Paulo m’a tapé sur l’épaule et m’a dit « Ta dernière heure de sport ! Putain mon gars t’imagines un peu ? La dernière ! ». Je ne savais pas trop quoi lui dire, moi, à Paulo. Ma dernière heure de sport, ça veut dire quoi? Je ne me suis pas encore demandé si ça allait me manquer. Parce que dehors, j’en ferai autant que je voudrai des heures de sport. Je ne suis plus sûr d’en faire, d’ailleurs. Après le sport, on a été manger. Les gars de mon quartier cellulaire n’ont pas arrêté de me charrier. Ils m’ont dit que j’allais rencontrer une minette. Que ça leur manquait ça. Michael m’a demandé si j’allais me remettre avec Claire. Il a dit qu’elle avait de belles jambes et que si je ne retournais pas la voir, lui, le ferait. Je n’ai rien dit. Claire, elle n’est plus jamais venue. Du jour au lendemain. Elle m’a dit j’en ai marre, je me casse. Je n’ai rien dit aussi, parce que Michael en a pris pour perpète. Il ne risque pas de me la piquer, ma reine. Paulo lui, m’a demandé depuis combien de temps je suis en taule. J’ai pas vraiment compris pourquoi : il était déjà là quand je suis arrivé. Pour ne pas le vexer, je lui ai répondu. Douze ans.
Ce matin la gardienne qui a ouvert notre cellule, à Paulo et moi, m’a offert un large sourire. Juste après j’ai senti qu’elle le regrettait déjà. Elle m’a juste dit « Alors. C’est le jour. » J’ai répondu oui, c’est le jour. Parce que je ne savais pas trop quoi lui dire, moi. Après j’ai dit, hier j’ai fait ma dernière heure de sport. Je me suis senti bête. C’était sorti tout seul, et j’ai bien senti qu’elle ne comprenait pas le rapport entre ma sortie et mes heures de sport. Elle n’a rien dit, ouvert plus largement la porte, et puis on est sorti avec Paulo. Sorti manger.
Je n’ai rien pu avaler. J’avais le ventre tout noué. Le responsable du quartier est passé me voir. Il m’a dit qu’on avait fixé ma sortie à seize heures trente, mais que je devais dégager mes affaires à midi parce qu’un nouveau allait arriver. Je n’ai rien dit, mais des affaires je n’en ai pas beaucoup ici. Ni ailleurs. Après ça, j’ai eu encore moins faim. Je pensais à Claire et à maman. J’avais vingt-trois ans quand je suis arrivé ici. Je me souviens du petit restaurant que je voulais monter dans le quartier. Maman gueulait tout le temps. Pourtant c’était pas de ma faute si papa nous avait lâché, comme ça, était parti un matin. C’est con quand j’y pense… je me suis toujours demandé comment on peut quitter sa famille un matin. Le matin ça veut dire qu’on y a déjà pensé. Que c’est le jour. Le jour programmé. La tête fraîche, les idées claires. Le bon choix. Le soir, tu peux péter un plomb. Pas le matin. Mon père est parti alors que j’avais dix ans. Pendant treize années je me suis demandé : pourquoi un matin ? Et à vingt-trois ans, j’ai tué un homme. C’était le matin.
Maman m’a dit qu’elle ne pourrait venir me chercher. Avant de raccrocher elle a répété « je travaille, moi, tu comprends » en insistant sur le moi. Elle m’a expliqué comment venir jusque chez elle. Parce qu’elle a déménagé. Un appartement plus petit. J’essaie de programmer ma sortie. Prévoir des choses. En fait, plus personne ne m’attend. Comme me l’a dit Claire, à sa dernière visite, le temps, il avance dehors. Ça me rend fou de l’imaginer avec un autre gars. Je sors dans quelques heures. Et tout le monde est occupé. Mon tout le monde, recoupe deux personnes. Dont une qui m’a viré de son tout le monde il y a quelques années maintenant. Au téléphone avec maman, j’ai pleuré. A un moment, je lui ai dit je ne voulais plus sortir. Je crois qu’elle n’a pas compris. C’est comme une parenthèse de douze années. Si encore tout mon monde s’était placé entre ces parenthèses. Mais non, je suis le seul à devoir tout recommencer. On va m’ouvrir les grilles. Me rendre mes objets confisqués il y a douze ans. Puis me dire à jamais. Après, c’est le flou. J’irai peut-être dans mon ancien quartier. Ou voir Claire. Ou découvrir la cantine où maman travaille. Non, personne, personne, ne m’y attend.
J’ai vu trois fois la dame qui doit nous aide – il paraît – à nous réinsérer ces derniers mois. Elle m’a demandé quelles études j’avais fait. J’ai rigolé. Pas elle. Je lui ai dit, j’ai fait une quatrième, j’ai eu seize ans, j’ai quitté le bahut. Elle, elle a noté ça. Elle m’a dit comment faire un CV, comment bien se présenter pour avoir un boulot. J’ai bien entendu, d’abord les compétences, ensuite les expériences, et moi je me suis dit c’est bien beau tout ça, mais j’écris quoi sous ces titres, moi. Je me suis senti tout petit dans mon siège. J’ai hoché la tête. Et puis j’ai pensé à Claire. A ce genre de lettres qu’elle avait sûrement écrites, d’abord, puis aux soirées qu’on passait dans le square en bas collé l’un à l’autre. Les deux fois suivantes, la dame m’a reçu cinq minutes. Elle m’a redit les mêmes choses que la première fois, mais plus vite. A la fin du dernier rendez-vous elle a tapé dans ses mains et a dit « bien ! nous-y voilà, bonne chance pour la suite… monsieur. » Elle a un peu rougi. J’ai bien compris qu’elle ne se rappelait plus mon prénom. J’ai rien dit, je suis retourné dans ma cellule où Paulo m’attendait pour une partie de cartes.
Midi. J’ai sorti mes quelques affaires de ma cellule. Paulo m’a regardé depuis son lit. J’ai bien senti que ça le rendait triste mais qu’il n’osait rien dire. J’ai hésité, puis lui ai demandé :
« Et si je ne me plaisais pas, dehors ?
- Dehors ? Pourquoi tu ne t’y plairais pas. Qui préfère la prison ?
- Je ne suis pas sûr d’y arriver. Je ne vais pas réussir à tout recommencer. Je dirais quoi quand on me demandera ce que j’ai fait ces dernières années ? Douze ans, ce n’est pas rien. Ça se voit sur ma gueule que je n’ai pas fait le tour du monde pendant tout ce temps.
Paulo a haussé les épaules. Je me suis senti con. Il en a pris pour trente ans. Quand on lui demande il répond : presque la moitié d’un vie.
- T’y arriveras. Mais surtout, ne recommence pas. Ta vie commence ce soir. Jusque là c’était du brouillon. Commence. »
A seize heures trente, les gardiens sont venus me chercher. Ils m’ont fait signer des papiers, m’ont rendu des affaires confisquées il y a douze ans. Les copains n’ont rien dit. Paulo se mordait l’intérieur des joues et j’ai fait semblant de ne pas voir sa tristesse. J’ai dit « à la prochaine les copains » sans trop y croire. Ils ont fait oui de la tête. Les grilles se sont ouvertes, les unes après les autres. Puis les lourdes portes. Et enfin, la dernière. Le soleil m’a éblouie, j’ai serré les poings et ai dit à voix haute « commence. »
10 décembre 2007
Grands magasins.

Extraits d'un monde magique coincé entre un fond et une vitre



