25 janvier 2008
Quick, avant les marches rouges.
J’en aurais presque oublié l’événement people du jour. Je me suis retrouvée au milieu-hors-caméra (hein) d’un tournage. Comme j’étais avec Lulu-spécialiste-people, j’ai appris que la dame aux collants bleus était Julie Depardieu. Et puis un peu après j’ai dit « t’as vu la figurante là-bas comme elle a l’air dépressive ? » Et Lulu a reconnu derrière des grandes lunettes de dépressive Charlotte Rampling. Comme elle est trop forte Lulu, elle a même reconnu le monsieur de la pub pour la poste (que Julie attrape et embrasse devant un stand de cartes-postales.)
Bref ça sort en 2008. On a trouvé un gars du tournage (qui paraissait un peu disponible) :
« (…) (les petits points ça veut dire je raconte ma life)
- Et c’est quoi le titre ?
- La femme invisible.
- Ah. Et là, elle est invisible la femme invisible ?
- Non, c’est la fille aux collants bleus.
- Ah… bein elle est pas invisible alors, la femme invisible.
- Non ! C’est tout l’intérêt du film. Elle est invisible pour tout le monde mais dans le film, on la voit. »
Oh oh oh. Vous aussi vous mourrez d’envie de découvrir ce film. Quand dans un an vous découvrirez la scène de la carte-postale et qu’en fond vous distinguerez le cri d’un dément, non ça ne fera pas partie du film mais bien du quartier. L’homme a béni Lulu puis il a insulté un bout de papier abandonné au sol. « Pourquoi on t’a jeté par terre, pourquoiiiiiiii ? » Quand le caméraman criait « action » le fou répondait « haaaaaaaaaaaaaaaaaa ». C’était plutôt sympa. Et ça donnait pas envie de faire du cinéma. Au moment où j’ai dit à Lulu « ce que j’aimerais pas être actrice. T’es dans la rue, tu joues la même scène pendant une journée et t’as même pas une petite caravane pour aller faire pipi. » A ce moment là, Julie est entrée dans le Quick et j’ai dit à Lulu « et voilà, Julie elle fait pipi à Quick ».
Toi aussi, pour devenir une star, viens chez Quick.
Partir.
Encore les larmes aux yeux. Cela m’arrive très souvent depuis que suis bénévole à la m a i s o n d e s j o u r n a l i s t e s. Là-bas, c’est beaucoup de rire. On partage de bons moments. Et puis j’apprends leurs parcours. Pourquoi ils sont arrivés là. Pourquoi ils attendent ce précieux statut de réfugié. La première fois que j’ai été là-bas, pendant une seconde, j’ai eu la nausée et je me suis demandée comment je pouvais vouloir faire un métier pareil. Puis ce dégoût s’est transformé en un autre chose. Cet autre chose est devenu la crainte de le faire mal ce métier. J’ai toujours considéré gravement les mots. Depuis toute petite. Mais jamais ils n’ont porté un tel poids. Je n’avais jamais connu autant de violence derrière des mots, des idées. Je suis écœurée par les frontières qui scindent l’information. Je ne comprends pas comment on peut titrer sur le manteau Dior de telle ministre lorsque pas si loin que ça, on viole et assassine toute une famille pour punir une dame qui avait osé convier l’opposition lors d’une émission politique.
Mais là-bas, ce sont des sourires que l’on partage.
Aujourd’hui, Alia s’est vexée car je n’avais pas compris ce qu’elle m’avait dit à propos de « Lara », lundi. Elle a repris « Si Lara, le principal caractère ! Ecrivain russe ! » J’ai enfin compris qu’elle ne me parlait pas du caractère (pestes et impertinentes) des Lara, mais du personnage principal d’un roman. Je lui ai demandé de quoi parle ce roman. Elle m’a répondu « C’est Lara, le principal caractère ! Et elle fait beaucoup l’amour ! » Ce qui a fait rire les plus « francophonés » des exilés. Une autre irakienne a traduit la nuance.
Et puis on a travaillé « donner de l’amour ». Puis elles m’ont appris à dire « mon amour » à une dame et à un homme en arabe. Et j’ai déjà oublié. C’est quelque chose comme « Habidemi ». J’ai une vrai mémoire de poireau (hein que c’est stupide, un poireau !)
La dame est écrivaine, exilée.
Je connaissais le poids de mots. Je découvre celui de la langue. Que fait-on quand, écrivain, le pays de notre langue (on ne dit plus la langue de notre pays!) refuse de publier nos mots?
On part. Et on réapprend à dire "donner de l'amour".
20 janvier 2008
Et un de moins (ou de plus.)
Chaque dimanche, c’est pareil. Je me lève plus ou moins tôt (ou plus ou moins tard.) Je tire mes classeurs de mon placard et travaille mon actualité (ne riez pas !) Vers 14h, je quitte l’appartement. Dehors, il fait toujours gris le dimanche. Je grimpe dans le RER. Je sors à Châtelet. Je vais vers le bâtiment aux tubes. Je grille la file. C’est l’un des meilleurs moments de ma journée (eh oui.) Parfois après avoir grillé la queue un monsieur en costume me demande Je peux voir votre carte ? Et je dis oui monsieur. Au passage j’entrouve mon sac. L’autre monsieur en costume ne regarde pas dedans et dit d’accord. Je comprends pas les messieurs aux entrées des musées. Pourquoi faisons-nous encore semblant d’ouvrir nos sacs ? Je vais toujours aux toilettes. Dix minutes de queue. Que du bonheur. Puis je monte les marches. Je fais encore une queue. Le même monsieur, chaque dimanche me sourit et me dit « bonjour ? » Je lui chuchote chaque dimanche les mêmes mots. Un café et un moelleux au chocolat. Après je vais m’asseoir sur le canapé rouge. Je sors ma pile de livres. Mon stylo noir. Mes feuilles toutes pliées. Je griffonne. Quand j’ai un peu de courage je travaille mon anglais. Je décortique mon moelleux. Puis le mange miettes par miettes. J’écoute les conversations des gens. C’est toujours pareil. L’un dit ce n’est pas de l’art. L’autre s’énerve et dit que si c’est de l’art. La semaine dernière j’ai eu un débat plus intéressant : est-ce que « les jeunes » se percent le corps pour être comme tout le monde (parole de la maman) ou parce que c’est « eux » (parole de la fille tellement en colère qu’elle partira du café.) La maman parlait comme une anthropologue ratée (rites initiatiques etc.) Ce dimanche là, je n’ai pas beaucoup travaillé. A vingt heures je me lève et rentre chez moi. Dehors il fait noir et je me dis qu’un dimanche de plus est passé.
14 janvier 2008
L'heure des partiels, dossiers, et autres réjouissances.
Je viens de passer douze heures (dont une heure de pause entre la BU et chez-moi) à taper sur mon ordi. Je suis épuisée. Mais j'adore cette fatigue. De la même manière que j'adore réaliser ces dossiers. J'ai l'impression de n'arriver à rien... et puis au fond de moi je sais que je serai satisfaite quand je le tendrai à Mr C. Ce qui est dommage à la fac, c'est qu'on nous donne pas assez d'occasions. Voilà. Ou alors pas assez de temps et de moyens alors on se retrouve à faire des choses simples_pour_avoir_une_note. Maintenant c'est le moment où j'attends l'avis de mes chères camarades sur la production lara'esque de la journée. Un extrait (parce que ça me fait rire.)
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Le sexe, un atout… ou pas :
Notre genre féminin a facilité notre complicité avec Laurent (joueur de WOW.) Il s’est montré particulièrement généreux avec nous et nous a laissé jouer sur son compte-jeu. Il nous également créé un personnage. Nous n’aurions sans doute pas reçu cet accueil si nous avions été un homme[1]. Cependant après nous avoir laissé jouer, Laurent a reçu (par le biais d’une messagerie informatique) des plaintes de joueurs ennuyés par notre faible niveau. Il leur a alors écrit que nous n’étions « que des filles », puis s’est tourné vers nous et nous a dit « ce qu’ils sont macho, vous avez vu ! » De plus, lorsqu’on lui a demandé s’il accepterait de participer à un entretien, il s’est permis de plaisanter sur le fait qu’il voulait s’adresser pour cela à « une fille avec un décolleté et une grosse poitrine ». Ces anecdotes un peu navrantes n’existent surement pas lorsqu’on est un homme, et le fait d’être une fille a exigé un recentrage constant lors des entretiens. Bien qu’ennuyées nous avons parfois accepté de nous laisser draguer pour obtenir des témoignages. Ainsi, alors que nous posions des questions à Ali celui-ci était plus intéressé par nos adresses e-mail que par nos questions et ponctuait ses réponses par des « t’es belle, et toi aussi t’es belle, franchement ! » Les tentatives de dragues nous ont parfois mises mal à l’aise et ont perturbé notre position un minimum « extérieure » à la scène. Lors d’observations, nous avons parfois été malgré nous au centre de l’attention.
[Carnet de
Terrain Lara – Récit relaté 17 décembre 2007 :
Quand le thème de l’entretien est le sexe, on voit également que les hommes sont parfois embarrassés et ne savent pas jusqu’où ils peuvent répondre, comme s’ils craignaient de nous choquer : « J’vais dire la vérité, on va parler comme si vous étiez des hommes, j’veux tirer mon coup et puis basta quoi. Rien à foutre. J’suis pas amoureux d’eux, j’suis pas… »
Le fait d’être des filles nous expose donc considérablement aux yeux des observés, ce qui nous empêche de pouvoir prendre des notes sur leurs pratiques spontanées, mais qui en revanche nous renseigne sur la propre impression qu’ils ont d’eux-mêmes, puisqu’ils tentent de dissimuler certaines pratiques. Ils sont donc conscients qu’elle est « désapprouvée ».
[1] Cette idée est à nuancer car dans WOW, initier quelqu’un est toujours une fierté.
13 janvier 2008
Ces minutes de secondes.
Il était 23h. Le train m’a effleurée, je me suis demandé pourquoi seulement effleurée. Et me suis mise à pleurer. Entraînée dans son élan. Je fixais un point invisible quand il a marqué un arrêt et qu’un homme est entré. Il a joué trois notes. Puis toutes les autres. Il nous a chanté la chanson du père d’un ami. Celle qui tient en trois mots. Je pleurais le vide et j’ai senti sa présence tout près de moi. Je me suis senti vivante. L’homme m’a dit merci. Je lui ai chuchoté merci à vous. Et il est descendu.
Nuit sociologique en terre inconnue
Lara apprentie criminologue a passé nuit de folie (2h-6h) dans le quartier multiculturel de la capitale. Pendant que vous rêviez moi j’étais dans un cybercafé entre deux gars matant du porno. L’éclate totale quoi. A un moment, l’un de mes amateurs-porno m’a demandé de lui surveiller son ordinateur pendant qu’il allait fumer. J’ai dit pas de problème. J’ai profité de cette dizaine de minutes sans lui gémissant à côté de moi. Une joie. Puis il est revenu. Il m’a tendu un bounties et m’a dit « tiens, tu en veux ? » j’ai dit non merci. Un peu après il m’a demandé « c’est un CV que tu fais ? ». J’avais une page Word ouverte et notais mes observations en taille 8 pour que personne (ni même moi) ne puisse lire ce que j’écrivais. Je lui ai répondu « ouais. » J’ai hésité, et ajouté « Et toi, c’est des seins que tu regardes ? » Ça l’a amusé. J’ai discrètement enclenché mon magnétophone dans mon sac et ai enregistré le meilleur entretien de ma petite vie. Je cherchais du « déviant » et lui m’a offert plus que je n’espérais. Bien sur on est passés par des moments difficiles « Oh et donc c’est le site d’échangisme qu’a créé ton colocataire ? Et ça se passe comment je comprends pas, les gens payent pour mettre leurs photos et leurs vidéos ? » « Ouais attend je te montre ! » « Non c’est bon… » Et il commence à me dégainer ses photos préférées. « mh tu l’as vue elle, elle est bien hein. Je la baise elle. Mh mh mh. Elle est bien. » « Oh tu sais, on a l’habitude de voir des seins quand on est une fille. Il suffit de pencher la tête. » « Oh attend y’a des mecs aussi. Je vais te montrer mes photos. » « Non-non c’est pas nécessaire, je préfère me contenter de ton visage ça ira hein sans ton sexe. » Ça c’était le début. Après ça on a eu l’arnaque à la carte bancaire (12 000 euro) ou encore le plan loto-foot (3 000 000 d’euro).
Un peu plus tôt dans la nuit il y a eu Mr S. aussi. Lui ça faisait un moment qu’il nous regardait faire dans le cybercafé. A chaque fois il était là, derrière son PC, en train de rigoler à chacune de nos tentatives d’approche. A 2h45 on se donne RDV avec Lulu dans un toilette pour partager nos observations et voir ce qu’on fait. Qui surgit dans le toilette ? Mr S. pardi. Toujours mort de rire et à nous faire des clin d’œil. Mais je n’osais pas trop parler à Mr S. parce qu’il est le sosie blond de Beigbeder et que cette ressemblance m’intriguait. Une demi-heure après, nous nous sommes jeté à l’eau « salut on a comme l’impression que tu as très envie de nous raconter des choses. » « je comprends pas, ça fait combien de temps que vous faîtes votre truc au cybercafé ? » « bein trois mois. Et on en a encore cinq devant nous. » « Et pourquoi moi ? » « Sans doute parce que tu as l’air sympathique. » (qu’est-ce qu’on ferait si on était pas des filles, hein…) Et op’ un entretien dans la poche avec Mr S. qui s’avère ne pas être un écriveur mais l’adjoint du maire de cette ville de bourges pas loin de chez moi. Pendant l’entretien quelqu’un s’approche : le punk de la dernière nuit. « Pause clope ? ». 4h45 on retourne dans la cave. Je me dirige droit vers la zone-porno sous les regards désespérés des pornoyeurs qui tournent au maximum leurs écrans pour être surs que je n’apercevrai pas un bout de sein.
6h30, dans le RER avec les gens qui partent travailler. Au dodo.
11 janvier 2008
"être vivant c'est peut-être
affronter l'océan sur un tout petit bateau"
Merci Sacha. Je me sens très petit bateau, voilà. (il paraît qu'en plus, on peut ne pas rien faire dedans.)
Je vais entre mon clavier et mes notes blanches et noires. Trois petits mots pour Mr prof C. et trente petites notes. Casque sur les oreilles. Car minuit a dongué. On me demande ce qui ne va pas. Je réponds, parfois pas. Comment expliquer ma tempête sans qu'on la comprenne comme une averse. Je ne me sens pas bien avec moi. Je n'ai pas d'équilibre, je n'ai pas de moi. Parce que je suis toute seule. Et que quand on est si seul, on n'existe déjà plus. Je n'arrive pas à dormir. Parce que j'en ai marre de me noyer entre deux heures et sept heures. Alors j'attends. Et quand j'attends trop je m'en veux. Car plutôt qu'attendre, mieux vaut travailler. (encore.) Mr prof C. a écrit ma deuxième lettre. Il a écrit un des meilleurs éléments de cette année de licence. J'ai dit merci. Et puis je me suis dit qu'à défaut de n'être personne je suis au moins un élément. Après ça je suis allée à l'Unef. Le bastion communiste de ma fac. Il suffit de dire "j'ai faim Mr Unef" et monsieur Unef il te donne la nourriture. Ou alors "Mr Unef j'ai pas de clé USB" et Mr Unef il dit "Tiens moi j'en ai une, je te la donne fille." Cette fois là Mr Unef m'a prêté sa superbe imprimante multifonction qui imprime plus vite que l'éclair. Et je suis repartie avec mon papier qui dit que je suis une gentille boursière. En d'autres mots : dossier sciences po complet à envoyer après une enième relecteuserie. Mon problème c'est que je ne me sens bien qu'à l' "école". Depuis toute petite. C'est le seul endroit. Que j'investis? je n'en sais rien. Le seul endroit où je m'amuse vraiment, ou je prends toujours du plaisir. Mais à côté? Oui, parfois j'aimerais tout arrêter. Car quand il n'y a rien à côté je crois qu'il n'y a rien tout court. Et ce n'est jamais assez, de toute manière.
J., Esplanade ou Grande Arche? Je me suis toujours demandé ce qu'il y a au dessus de la surface de la terre, à l'Esplanade. En tout cas, ils font peur comme à la Grande Arche. (Quand, quand, quand?)
08 janvier 2008
Je voudrais disparaître.
03 janvier 2008
Ni Hao
Cela fait maintenant six heures que je brouillonne mes réponses au dossier de Sciences Po. Je pense arriver à la fin (enfin.) Les dernières nouvelles sont :
1 : Toujours beaucoup de travail (je me cite « je suis sûre que je suis la seule pouilleuse à travailler un 1er janvier »)
2 : Han mon prof de Paris m’a dit oui oui oui oui oui oui oui pour ma lettre d’évaluation.
3 : Etant donné que je vais rater l’écrit je sais pas pourquoi je suis euphorique en répondant à leurs chères questions.
4 : J’ai perdu deux mois de chèques de cours particuliers et pour le moment je m’en fiche.
5 : Lundi je deviens bénévole de la m a i s o n d e s j o u r n a l i s t e s de Paris et je suis plus qu’impatiente.
6 : Il faudrait que je fasse mes valises car je prends le train demain très tôt direction cette chère ville aux gens qui n’ont pas bonne mine.
7 : J’apprends le mandarin depuis avant-hier c’est l’éclate totale.
8 : Je sais pas pourquoi j’apprends le mandarin car je devrais plutôt apprendre l’arabe si je veux devenir Lara journaliste spécialisée dans les relations internationales au Proche-Orient (oui oui oui oui oui oui oui oui oui).
9 : Ah et ressortir Apple Pie et Kevin de la kitchen en priorité.
Tling tlign tling. Très
chers amis de la capitale, à quand vous voulez car je serai un poil plus
disponible ces prochaines semaines.


